‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 156 sur 372 · CHAPITRE XIII 2t I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII 2t I

immédiatement; vous laisserez passer quelques jours, selon que votre discrétion jugera devoir les mesurer; puis de la part de Dieu et de la nôtre vous le presserez, vous lui enjoindrez pour la rémission de ses péchés, d'abroger entièrement et de réprouver ces détestables coutumes, principalement celles qui sont nouvelles, qu'il a introduites au péril de son salut et de la liberté de l'Église. 11 devra délier les évêques et les autres dignitaires de son royaume de toute obligation au regard de ces coutumes, et restituer à l'Archevêque et aux siens les fruits des bénéfices qu'il a perçus. Dans le cas où il ne se rendrait pas à vos injonctions sur ce point, vous ferez en sorte d'en conférer avec l'Archevêque et de Nous faire connaître aussi promptement et aussi pleinement que possible ce qui dans ces coutumes mérite condamnation (i).

« Si vous considérez la paix comme certaine et si vous acquérez l'assurance que la réconciliation aura lieu, vous pourrez absoudre tous les excommuniés ; sous cette réserve pourtant que. dans le cas oîi l'accord ne se réaliserait pas, ils seraient replacés sous la censure, immédiatement et sans appel

« En outre, si le Roi ne peut consentir à donner le baiser de paix, travaillez à obtenir de l'Archevêque qu'il se contente de recevoir le baiser du fils aîné ;

I. Voilà qui jette un jour singulier sur l'histoire des dernières années. Le Pape avait eu sous les yeux le texte des articles de Clarendon ; il les avait entendu discuter amplement, et les avait jugés lui-même. Mais on le voit, ce n'était plus pour lui qu'un vague souvenir, et il fallait un nouvel examen. On s'exp'ique alors comment Alexandre III comprenait mal la conduite de l'exilé, comment il tombait si aisément dans les pièges du Roi d'Angleterre ; car pratiquemeent, depuis six années, c'était toujours sur les articles de Clarendon qu'on discutait; ils étaient au fond de toutes les questions, au fond des tentatives et des négociations da Roi comme au fond des réserves et des résistances de TArchevêque.

si toutefois il sait pouvoir le faire sans exposer ni lui ni les siens et s'il le juge expédient (i).

« Dans le cas, improbable d'ailleurs à notre avis, où vous ne pourriez ou ne voudriez travailler de concert à la mission que Nous vous donnons, que l'un de vous s'y emploie et sans retard (2). »

Tel est ce document important, qu'il était difficile de résumer à raison de sa forme quelque peu décousue, mais qu'il fallait pourtant connaître. Nous y voyons exposé dans le plus grand détail tout le plan d'Alexandre III, avec le mélange de fermeté et d'indécision qu'aurait pu seul corriger un homme de la trempe de Gratien. Aux mains de l'archevêque Rotrou, des instructions de ce genre pouvaient aisément devenir inutiles, sinon dangereuses, attendu la tendance bien connue du prélat à chercher avant tout la conciliation : il y avait beaucoup à craindre qu'il ne vît dans les instructions du Pape autre chose que les dispositions bienveillantes, sans se soucier assez des bornes que le Saint-Père mettait à son indulgence ni des mesures de rigueur que la justice lui dictait. Au reste, remarquons le encore une fois, Alexandre III se plaçait sur le terrain même qu'avait officiellement accepté Henri II; ses propres exigences, il les réduisait presque à rien, au cours même des instructions données à ses commissaires ; il ne paraissait donc pas qu'aucune difficulté pût s'élever.

Mais ce qui est surtout remarquable, et ce qui

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