‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 157 sur 372 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

devait produire un résultat inattendu, c'est la tactique nouvelle adoptée par le Souverain Pontife à l'égard des coutumes de Clarendon. Jusqu'à ce jour elles formaient le fond même du débat : aujourd'hui le Pape les considère comme question réservée, les écarte des négociations et propose de conclure l'accord sans en tenir compte. Dès lors la paix sera promptement acquise, selon toute apparence: car sans doute le Roi n'y sera pas moins disposé que le Pontife. Ainsi voyait-on cette situation assez étrange, où les trois parties engagées dans le débat s'accordaient à taire le point en litige, A Montmartre Henri II n'avait pas parlé des statuts de Clarendon, et dans le même temps ses ambassadeurs à Bénévent n'en parlaient pas davantage, parce que pour eux le silence de la partie

■adverse équivalait à une tolérance. Thomas Becket s'en taisait également, mais parce qu'il posait des

-conditions et des revendications qui entraînaient en fait une renonciation aux coutumes de la part du Roi. Le Pape à son tour déclarait ne pas vouloir s'en occuper actuellement, et cette détermination était la plus grave ; car il était dès lors à prévoir que le Roi s'empresserait d'accepter, que le primat ne pourrait de sa seule autorité ramener une question qu'écartait le Pape, et que finalement on allait faire la paix sur un malentendu.

Il était une autre question, liée comme nous l'avons

-dit à celle des coutumes, la question du couronnement. Le Pape n'en disait pas un mot dans sa lettre au Roi d'Angleterre, ni dans celle qu'il adressait à ses mandataires. Pourtant les députés de Henri, à leur retour d'Italie, n'avaient pas hésité à proclamer que le Souverain Pontife autorisait le Roi à choisir un évêque de son royaume pour sacrer l'héritier du trône, cà

rencontre du droit reconnu au primat de Cantorbéry. C'était un mensonge, nous le comprenons par le silence que le Pontife romain garde sur cette question en écrivant à Henri II : nous le verrons plus clairement encore par d'autres lettres que le Pape ne tardera pas à écrire et que nous citerons bientôt : mais pour le moment le Roi d'Angleterre mettait à profit les rapports de ses ambassadeurs.

Les divers délais stipulés dans les documents apostoliques devaient conduire jusqu'au commencement d'avril, et les deux évêques commissionnés par le Pape avaient un mois pour se mettre à l'œuvre ; on devait donc compter qu'ils se présenteraient devant le Roi vers le milieu du mois de mars ; mais dès le 3 du même mois, Henri Plantagenet prenait la mer avec l'intention de passer en Angleterre (i). Une tempête effroyable fondit sur ses vaisseaux; cinq se perdirent corps et biens ; celui qui portait le Roi fut longtemps en danger, et Ton regarda comme un miracle qu'il pût enfin aborder à la côte anglaise. Le malheureux prince eût dû voir là un avertissement du ciel; mais malgré sa frayeur il n'en persista pas moins dans ses desseins.

Pendant qu'il se croyait hors d'atteinte, ayant mis la mer entre lui et les mandataires du Pontife romain, Alexandre III multipliait les lettres et prenait de plus en plus directement la conduite d'une affaire qu'il entendait enfin terminer. Malheureusement l'impulsion donnée par cette puissante main n'était pas dirigée dans une direction constante et perdait ainsi une bonne partie de sa force.

Le 12 février le Souverain Pontife écrivait à Gilbert

I. Gerv. Cantuar., t. i, page 216 (Ed. Stubbs). — Guil. Cnnt., Materials, t. I, page 27-

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