‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 158 sur 372 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Foliot une lettre où Ton regrette de trouver un blâme indirect mais très réel infligé à l'Archevêque de Cantorbéry (i). L'évéque de Londres s'était mis en devoir de faire le voyage d'Italie, afin d'aller solliciter l'absolution de l'excommunication fulminée contre lui l'année précédente. Il affirmait bien haut n'avoir en vue que de soutenir l'appel absurde formé naguère avant la sentence, et il avait dépêché un de ses chanoines pour préparer les voies ; mais en réalité il s'agissait pour lui beaucoup moins de plaider que d'implorer la clémence du Pape. Averti des sentiments soulevés en France par sa conduite odieuse, il descendit vers le Midi par l'Anjou, le Poitou et la Guyenne, pour gagner de là les Alpes ; il venait de les franchir lorsqu'il reçut de Bénévent une lettre par laquelle Alexandre III l'arrêtait : le Pape le laissait libre de venir soutenir sa cause, mais en ajoutant, non sans une pointe d'ironie, « qu'il serait plus ex- « pédient pour Gilbert d'aller rechercher l'absolution « que de persister à plaider. » Au reste, le Saint- Père témoignait tout son regret de ne pouvoir commencer sa lettre par les salutations d'usage, ces formules ne pouvant pas décemment être employées à l'égard d'un évèque frappé des censures par son métropolitain ; mais Alexandre n'en assurait pas moins le coupable de toute sa considération : « Nous vous « tenons, disait-il, pour un homme aussi éminent ^{. par la science que par la religion et l'honorabilité « de la vie; Nous vous embrassons étroitement dans « la charité du Seigneur. >/ Puis le Pape annonçait à Gilbert qu'il donnait pouvoir à l'archevêque de Rouen et à l'évéque de Nevers pour l'absoudre sans

I. Materials, t. vu, page 208, ep. -^ Quod tibi ad prsesens ».

autre formalité que le serment ordinaire; et même, si l'un des deux prélats ne pouvait se joindre à son collègue, celui-ci procéderait seul à l'absolution. Après quoi l'on devrait la notifier à l'Archevêque de Cantorbéry, avec injonction, de par l'autorité apostolique, de la tenir secrète jusqu'au jour où il serait possible de la publier sans péril pour Gilbert Foliot !

Pareille solution constituait évidemment un triomphe pour tout le parti régaliste, et l'on se demande quel danger Alexandre III pouvait bien redouter pour l'évêque de Londres ? Celui-ci n'était pas homme à recourir au Pape sans en avoir reçu l'autorisation du Roi, et nous savons qu'il s'était prémuni de ce côté ; mais le Saint-Père aimait ces sortes de confidences diplomatiques, et s'imaginait dans sa droiture que ses recommandations imposaient silence aux hommes qu'il choisissait si étrangement comme dépositaires de ses secrets. Gilbert n'avait aucun intérêt à taire sa victoire, car c'en était une ; il pouvait produire la Lettre apostolique, et il n'en fallait pas plus pour démontrer qu'aux yeux du Pape l'absolution accordée à un homme si profondément estimable n'était qu'une formalité devenue nécessaire pour réparer un écart du primat. Le 5 avril, jour de Pâques, l'archevêque Rotrou délia publiquement dans sa cathédrale l'évêque de Londres, puis écrivit ponctuellement à Thomas Becket pour lui notifier la décision pontificale et lui imposer le secret à ce sujet. Le primat, gardien vigilant de la justice, répondit au bon prélat en termes aussi calmes que sévères ; et vraiment on ne se lasse pas d'admirer le saint, qui, au milieu des malentendus les plus fatigants, persiste dans ses efforts pour faire discerner le vrai du faux, et pour maintenir le droit hors d'atteinte. Je vous remercie, écrivait-il à Rotrou,

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