CHAPITRE XIII
de la sollicitude que vous témoignez à mon égard ; mais elle vous a entraîné trop loin. D'après les ordres du Souverain Pontife, vous ne deviez procéder seul à l'absolution de l'évêque de Londres que dans le cas où votre collègue n'y pourrait assister ; or vous ne saviez pas s'il ne le pouvait faire, car vous ne l'aviez même pas mandé. Il manque donc à cette absolution une des conditions qui étaient requises ; les sages diront ce qu'elle vaut. Or ça, que me parlez-vous de la tenir secrète ? Nous n'avions pas encore reçu votre lettre que déjà la nouvelle faisait le tour des places publiques, et dans votre pays même l'évêque de Londres a eu grand soin de la publier. D'ailleurs on l'a vu célébrer publiquement et solennellement les saints mystères dans votre propre Église (i).
Le primat ne savait pas encore que Rotrou luimême venait d'écrire au clergé et au peuple d'Angleterre, au clergé et au peuple de la capitale, pour leur annoncer l'heureux événement et les engager à ne plus craindre de communiquer avec Gilbert Foliot. Si de telles lettres eussent émané de tout autre prélat que Rotrou, l'on eût pu penser qu'il se jouait du Pape et de l'Archevêque en imposant le secret à ce dernier ; mais chez le métropolitain de Rouen c'était purement de la naïveté.
Quant à Thomas Becket, il ne perdait rien de sa fermeté, on le voit, quoique il ressentît vivement le
I. Ep. « Gratias agimus » [Materials, page 278). Une variante donnée par deux manuscrits, qui disent « in civitate nostra... divina celebravit », a fait croire que Gilbert Foliot aurait poussé l'audace jusqu'à célébrer pontificalement à Cantorbéry même. Toutefois, n'ayant trouvé aucune autre trace d'une telle usurpation, qui pourtant n'eût pu passer inaperçue ni demeurer impunie, nous nous en tenons à la leçon adoptée par l'éditeur des Materials : « in civitate vestra (Rothomagensi)... divina celebravit ».
désaveu dont le frappait le procédé d'Alexandre III à l'égard de Gilbert. D'ailleurs, hâtons-nous de le dire, d'autres Lettres apostoliques étaient arrivées, suivant de très près les précédentes. L'Archevêque savait que dès le 23 février le Pape avait expédié à Rotrou de Rouen et à son collègue des instructions précises, de nature à restreindre considérablement les facultés données dans la lettre adressée précédemment aux deux prélats, et relative aux excommuniés. De ceux-ci nul ne devrait désormais être absous sans donner une caution suffisante de la restitution qu'il aurait à faire, dans le cas où il détiendrait de par le Roi quelque bénéfice ou domaine relevant du primat ou de ses clercs (i); la restitution intégrale devrait même s'étendre aux revenus perçus depuis des années. Geoffroy Ridel, archidiacre de Cantorbéry, était désigné nommément comme le plus compromis parmi les personnages de cette catégorie.
Les jours suivants, Alexandre III expédiait de Bénévent des lettres tout aussi importantes ; cette fois il avait en vue la question du couronnement. S'adressant aux évêques d'Angleterre, le Pape leur interdisait formellement de prêter leur concours à une telle cérémonie, dans le cas où ils en seraient requis par le Roi, aussi longtemps que l'Archevêque de Cantorbéry demeurerait en exil ; et comme sanction à cette défense, la menace de la suspense était inscrite à la fm de l'acte pontifical 12). Une autre lettre adressée
1. S'il était permis de considérer comme synonyme de « caution > le « vadium ad remanens » que nous trouvons dans le vr' article des statuts de Clarendon, et qui paraît bien avoir ce sens en effet, nous pourrions voir dans la prescription du Pape une protestation directe contre ces funestes articles.
2. Ep. « Quoniam ad audientiam nostram » Materials, page 217). Les termes employés par le Pape sont à citer et à remarquer ; Alexandre