‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 160 sur 372 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

à Thomas Becket et à tout l'épiscopat anglais contenait des prescriptions plus graves encore. Le Pape y proclamait le droit du primat d'Angleterre à sacrer le Roi, à l'exclusion de tout autre prélat; mais en vertu de l'obéissance il lui défendait de répandre l'onction sainte et de poser la couronne sur la tête de Henri Court-Mantel, si le jeune prince ne prêtait à l'Église, et spécialement à la métropole de Cantorbéry, le serment qu'avaient prêté ses prédécesseurs, et si le Roi refusait d'abroger les coutumes, de tenir pour nuls les serments schismatiques récemment extorqués à ses sujets. Aux évêques, le Pape défendait, de par son autorité apostolique, d'assister à la cérémonie s'il arrivait qu'elle dût s'accomplir en dehors des conditions précédemment énoncées ( i).

En prenant si énergiquement le parti de soutenir la prérogative de l'Eglise primatiale, Alexandre lU avait certainement un autre but que de trancher une question de prééminence. Lorsqu'il s'agissait de décider si le métropolitain d'York pouvait arborer sa croix archiépiscopale dans toute l'étendue de l'Angleterre, le Pape avait usé constamment d'une réserve, qui à la longue finissait par dégénérer en une sorte de tolérance ; combien plus n'aurait-il pas dû hésiter avant de se prononcer sur un point d'une importance autrement considérable, surtout dans des circonstances où sa prudence ordinaire devait lui faire craindre de heurter les volontés du Roi? Que si au contraire nous le voyons déployer toute son autorité pour dirimer cette question dans un sens opposé aux désirs du

disait : « Quod si quis vestrum attentare prassumpserit, id in periculum officii et ordinis sui noverit procul dubio graviter redundare. In his vero appellationis remedium quibuslibet volumus denegari. » I. Ep. « Ex commissi nobis of&cii » [Ibid., page 216).

prince, il y a là un indice qui révèle toute la gravité de la tentative projetée dans le camp du Roi ; la double condition à laquelle le Pontife subordonne son agrément prouve qu'il avait compris où l'on en voulait venir.

Le primat se hâta de notifier aux intéressés la prohibition édictée en termes si explicites par Alexandre III. Une lettre collective adressée à tout l'épiscopat anglais fut suivie de deux autres destinées respectivement aux évêques de Winchester et de Worcester, dont la fidélité venait de s'affirmer peu auparavant. Thomas les chargeait d'avertir leur collègues, afin de ne laisser à personne la ressource de prétexter l'ignorance. A l'archevêque d'York lui-même, qu'on disait désigné par le Roi pour procéder au sacre, le primat écrivit une lettre particulière, conçue en termes très modérés mais très fermes, lui faisant connaître la défense intimée par le Pontife romain, et les peines qu'entraînerait la transgression de cette défense. Mais le plus difficile était toujours de faire parvenir ces diverses missives, à Roger d'York tout spécialement. Pour y réussir, Thomas chercha un messager qui n'éveillât pas les soupçons, et ce fut à une femme, à une religieuse qu'il confia cette mission malgré tout périlleuse. Celle qui dans le cloître portait le nom d'Idonea n'a laissé dans l'histoire d'autre trace que son nom, buriné pour la postérité par la main de saint Thomas Becket; mais ce seul titre ne vaut-il pas tout un panégyrique ? L'Archevêque lui écrivait :

« Dieu a choisi ce qui était faible pour confondre « ce qui était fort. L'orgueil d'Holopherne, qui s'éle- « vait contre le Seigneur même, fut abattu par le « courage d'une femme, au moment où il triomphait « des prêtres et des guerriers. Lorsque Jésus-Christ

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