CHAPITRE XIV
Roi pour innocent du crime de félonie puisqu'il ne se serait pas engagé
Il refusera peut-être de souscrire à l'un ou à l'autre de ces articles : si vous voulez avoir raison de lui, déclarez aussitôt que vous partez. Dans le cas où il accepterait au contraire, précisez les noms des domaines selon qu'ils vous sont indiqués dans la liste ci-jointe ; n'admettez ni les mensonges ni les clauses illusoires à l'aide desquels il cherche à spolier l'Église ; tant qu'il conservera un pied de la terre qui est à elle, il n'y aura pas à parler de paix à l'Archevêque : celui-ci aimerait mieux demeurer toute sa vie en exil que de vendre la moindre parcelle du domaine de l'Église. Que si le Roi refuse, rompez aussitôt.
Viendra ensuite la question des mille marcs qu'il a promis à l'Archevêque par l'intermédiaire de Vivien, Le Roi niera peut-être cette promesse : rappelez lui alors ce qu'il a dit à ce sujet à Tévêque de Séez, lors du colloque de Montmartre. S'il persiste, faites vous un front plus dur que le sien, quoique ce soit malaisé ; donnez ostensiblement vos ordres pour un prompt départ, et persuadez tout le monde que vous êtes bien décidé à repasser la mer. Que si vous ne voyez alors aucun indice favorable se manifester, dites que vous n'insistez plus sur ce point par égards pour le Roi, renvoyez la question à un examen ultérieur, et ne formulez aucune renonciation ; cela dépasserait vos pouvoirs et vos instructions. Remettez à plus tard, et prenez acte de l'accord conclu sur les précédents articles.
Il y a enfin la question de l'absolution des excommuniés. Sur ce terrain vous avez à observer soigneusement deux conditions : d'abord n'accorder aucune absolution que si la paix est devenue certaine : puis
exiger le serment public selon que dispose la lettre du Pape; vous n'auriez pas le droit d'agir autrement. Mais comment être assuré à l'avance de la conclusion de la paix, avec un homme qui sait si bien glisser entre les doigts et pour qui le serment n'est qu'un mot? La chose est difficile. Néanmoins ne pourriezvous obtenir que quelques uns, voire un seul des dignitaires du royaume, agissant sur l'ordre du Roi, se portât par serment garant de la ferme intention du prince ? Que les évêques donnassent de même leur garantie ? Faute de mieux on se contenterait de ces apparences. Si le Roi les refusait, demandez lui de promettre la paix par lettres patentes, scellées de son sceau, et adressées à l'Archevêque, au Pape, et à vousmêmes, puis de retirer les gardes qu'il a installés dans les domaines du primat, de vous remettre ces biens pour que vous les remettiez vous-mêmes aux gens de l'Archevêque. On sait bien que pour l'ordinaire il s'embarrasse peu de ses propres diplômes, et rien ne l'empêcherait de chasser derechef des domaines de l'Église ceux qu'il en a expulsés une première fois ; mais enfin ce sont encore les moins frêles garanties qu'on puisse obtenir; on verrait là une promesse telle quelle de pacification ; et quant à vous personnellement, on ne pourrait vous accuser d'avoir agi à la légère.
Que si le Roi refusait d'acquiescer à de telles demandes, n'espérez pas la paix et n'accordez aucune absolution. Nous croyons bien connaître l'homme; soyez certain qu'il cherchera à entamer la négociation par ce côté ; il déclarera ne rien vouloir entendre, ne rien vouloir faire, avant que vous ayez absous les gens de son entourage. Pour gagner ce point, il se fera peut-être doux, insinuant, vous comblera de pro-