CHAPITRE XIV
messes ; il se donnera des airs de religion, confessera ses fautes, avouera certaines faiblesses secrètes, non sans se draper par compensation dans quelques vertus d'emprunt. Mais si vous cédez, vous le verrez aussitôt revenir à toutes ses prétentions invétérées ; après vous avoir humblement suppliés, il ne voudra plus même vous entendre. Souvenez-vous de ce qui est arrivé à Gratien et à Vivien (i).
De tels conseils, et d'autres encore par lesquels se terminait la lettre de l'Archevêqu'e, étaient le fruit d'une longue expérience ; l'histoire des dernières années n'avait que trop prouvé la vérité des appréciations émises par Thomas Becket ; mais il parlait à des sourds. Rotrou demeurait toujours immobile et silencieux; non qu'il fût homme à désobéir au Pape, ni que sa conscience lui permît de mépriser les instructions du Pontife romain ; mais il avait en mains une lettre du Roi lui-même. Henri lui avait écrit de Westminster quelques lignes, contresignées par le Grand Justicier d'Angleterre, qui assuraient l'archevêque de Rouen du désir très sincère que nourrissait le Roi de conclure la paix selon les avis des deux prélats commissionnés par Sa Sainteté (2) ; que fallait-il de plus? N'était-il pas au moins superflu d'en venir à des démarches comminatoires à l'égard d'un prince aussi favorablement disposé ?
Quant à l'évêque de Nevers, il se mettait enfin en devoir de préparer son voyage ; mais pour une expédition si lointaine, il fallait évidemment prévoir les nécessités qui surgiraient des circonstances. La Normandie étant, comme chacun savait, un désert dépourvu de ressources, Bernard de Saint-Saulge orga-