CHAPITRE XIV
pour s'embarquer sous la conduite de Richard d'Ilchester. On redit au prélat que le Roi ne saurait tarder à revenir en Normandie, que tout au moins il enverrait un navire pour transporter en Angleterre le commissaire pontifical. Sur quoi l'évêque de Nevers reprit le cours de ses pérégrinations, et alla finalement s'égarer sur les grèves du Mont Saint-Michel. Ce point, depuis longtemps et pour cause, ne passait pas pour le port le plus fréquenté ; il était d'ailleurs peu probable que le vaisseau tant promis vint chercher là le prélat en détresse. La Flandre eût fourni plus de ressources : mais il eût fallu pour les mettre à profit que Bernard fût sérieusement désireux de remplir sa mission.
Tandis que du regard il interrogeait vainement l'horizon, et que l'archevêque Rotrou demeurait paisible en son palais de Rouen, le Souverain Pontife s'irritait de l'inertie de ses commissaires. Une lettre pressante fut envoyée à l'archevêque de Sens, pour lui enjoindre de leur adresser de vives remontrances; mais il était trop tard. De l'autre côté du détroit les événements avaient marché.
Henri II, après avoir débarqué en Angleterre au commencement de mars, annonçait brusquement son intention de reprendre certain projet, abandonné jadis devant la résistance de Thomas Becket. Il s'agissait de soumettre à une vaste enquête la conduite des shérifs. Des dignitaires des deux ordres, choisis par le Roi, reçurent mission de parcourir les divers comtés du royaume, et de s'enquérir des profits réalisés par ces officiers royaux, dont le souverain suspectait avec trop de raison l'intégrité (i). Au fond.