‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 18 sur 372 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les vices de fond et de forme qui rendaient nul l'appel du Roi, Thomas résolut après délibération de ne point agir avant d'avoir reçu de nouvelles instructions du Souverain Pontife ; connaissant les menées de Henri Plantagenet sur un autre terrain, il ne voulait pas s'exposer à de cruels mécomptes ; mais il n'était pas près d'avoir entendu tous les appels provoqués par les sentences fulminées à Vézelay.

Jean d'Oxford, le principal coupable, qui alors était sur le chemin de Rome, fut le premier à signifier le sien au primat par un clerc de la chapelle royale. 11 niait ce qui était de notoriété publique, à savoir ses relations schismatiques avec l'Empereur Barberousse ; on sait d'ailleurs ce que pouvait valoir la parole du Jureur. Thomas répondit froidement au messager que nulle pièce authentique ne certifiait ni son identité ni sa mission ; qu'au surplus, ayant communiqué avec un excommunié, il avait encouru la même peine et se trouvait dès lors inhabile à agir devant un tribunal ecclésiastique.

L'évêque de Salisbury suivit l'exemple donné ; mais il ne comparut pas à Rome au jour fixé par lui-même, et sa cause fut plaidée d'une autre manière.

Enfin on connut l'appel formé par tous les prélats anglais le 24 juin, fête de saint Jean-Baptiste. De quoi se plaignaient-ils? De ce que l'Archevêque n'eût pas, à leur gré, observé toutes les formes canoniques avant de frapper l'évêque de Salisbury, et même de ce que le légat du Saint-Siège n'eût pas obtenu le consentement de l'épiscopat anglais pour fulminer contre un de ses membres (i) ; tant il est vrai que les principes

I. Materials, t. v, page 421. Nicolai de Monte-Roth. ad Thomam Cant. ep. « Vehementer gavisi ». — Ibid., page 407, Episcop. et cleri ad Alexandr. ep. « Patri suo et domino ».

de Clarendon portaient en germe le gallicanisme aussi bien que les erreurs du schisme anglican. L'indignation des prélats était grande, enfin, parce que le dépositaire de la suprême autorité spirituelle avait osé faire entendre des menaces à Henri II, « ce roi si chrétien, « époux si chaste, justicier si droit, amant si pas- « sionné de la paix (i) » ! En réalité, il n'y avait eu qu'une sentence portée ; elle avait frappé un évêque notoirement coupable et dont on n'essayait pas même de colorer la faute ; mais que le légat du Saint-Siège, exilé, proscrit, n'eût pas convoqué un synode pour juger le prélat, ne lui eût pas envoyé toutes les citations que de droit, c'était là ce qu'on ne pouvait tolérer. Les évêques entendaient-ils donc attaquer par-devant le Pape la validité de cette sentence ? Non ; leur conclusion était autre ; ils formaient appel d'avance pour le cas oii l'Archevêque tiendrait à leur égard la même conduite qu'à l'égard de leur collègue (2).

Remarquons-le, c'était là une manière d'exécuter le plan de défense tracé par Gilbert Foliot dans la lettre au Roi que nous avons citée ; si bien qu'on peut même soupçonner l'évêque de Londres d'avoir parlé à peu près seul au nom de ses collègues dont il osait présumer l'assentiment. Au bas de la longue lettre adressée au primat pour lui notifier l'appel, on ne trouvait que trois sceaux épiscopaux, quand il y avait huit à dix prélats intéressés dans une affaire si grave, les autres sièges étant vacants. Le style de ces pièces trahissait d'ailleurs d'un bout à l'autre la plume de Gilbert, et nul ne s'y trompa (3). N'y avait-il donc

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