CHAPITRE II
dans tout cela que l'entreprise d'une personnalité remuante, prétendant parler au nom de tout l'épiscopat, et prenant audacieusement avantage d'une approbation plus ou moins vague imprudemment donnée par des collègues moins résolus ? Le fait ne serait pas sans exemple dans l'histoire, et Thomas Becket en jugea ainsi dès le premier coup d'œil (i). La lettre en question contenait d'ailleurs des contre-vérités si caractérisées au sujet du Roi, que le légat n'hésita pas à l'envoyer au Pape ; Alexandre III, connaissant assez le caractère de Henri Plantagenet, verrait clairement quel fonds l'on pouvait faire sur les plaidoyers de Gilbert et consorts en faveur de leur maître (2).
Pour sa part, Thomas se condamna à réfuter en détail les assertions étranges de ses suffragants, non sans leur faire entendre qu'il ne les croyait pas tous directement responsables d'un acte aussi injustifiable (3). Dans deux longues lettres il remettait le droit et la vérité dans leur vrai jour, et déjouait la manœuvre qui devait à la face du monde le faire passer pour agresseur, alors qu'il avait longtemps souffert pour la justice avant de protester et de frapper. Il essayait aussi de rendre quelque courage au cœur de ces pasteurs timides, de les rappeler au devoir en leur remettant sous les yeux leurs obligations. Vous parlez beaucoup des désastres qui peuvent s'ensuivre pour l'Église, leur répétait le saint archevêque ; vous tremblez à la pensée du schisme et des pertes matérielles qui peuvent en résulter; mais je n'entends personne parler de l'intérêt des âmes ni des dangers
1. Materials, t. v, page 491, ep. « Fraternitatis vestraî scriptum ».