‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 189 sur 372 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

son maître un moyen de tromper l'espoir de l'Archevêque :

— Que conseillez-vous donc ? dit Henri.

— Sire, ordonnez qu'on célèbre une messe de Requiem.

En effet, le Roi donna l'ordre de dire la messe pour les défunts ; et le baiser de paix étant exclu de la liturgie des funérailles, il descendit sans crainte à la chapelle; mais Thomas était aussi avisé que Nigel. L'usage voulait qu'immédiatement après la première messe, une seconde fût célébrée en l'honneur de Notre-Dame ; aussi l'Archevêque n'eut-iJ garde de sortir auparavant. L'évangile une fois lu, le célébrant baisa le texte sacré : Thomas s'étant avancé au pied de l'autel, le prêtre lui présenta le missel, qu'il prit, et après l'avoir baisé, il le porta au Roi qui s'acquitta du même devoir; mais à ce moment l'Archevêque lui dit :

— Sire, me voici actuellement sur vos domaines : « selon votre promesse, selon que l'exigent le lieu « saint où nous sommes, la cérémonie à laquelle <i nous assistons, accordez-moi le baiser de paix.

— Pas en ce moment, répondit le Roi ; une autre •r fois, tant que vous voudrez. »

L'Archevêque ne répliqua rien. Durant la journée il s'entretint longtemps avec Henri ; et sur le soir, quand vint le moment de la séparation, le prince lui dit :

— Allez en paix, seigneur Archevêque ; je vous sui- « vrai sous peu, et vous retrouverai à Rouen ou bien « en Angleterre, le plus tôt qu'il me sera possible.

— Sire, répondit Thomas, quelque chose me dit « que je vous quitte pour ne plus vous revoir en ce « monde.

— Me croyez-vous donc infidèle à ma parole?

— Dieu vous en garde, Sire !

Et sur cette réponse laconique, l'Archevêque prit congé.

A peine de retour à Sens, vers le milieu du mois d'octobre, il reçut le rapport qu'il attendait d'Angleterre avec grande impatience. Voici ce que lui mandaient ses procureurs (i) :

« Nous avons exécuté vos ordres pour autant qu'il nous a été possible ; nous avons remis vos lettres à Guillaume d'Eynesford et à Guillaume Fitznigel (2), mais ce n'est pas sans peine que nous les avons entraînés jusqu'à Londres, avec Turstin et Osbert. Le moment venu de mettre vos lettres sous les yeux du jeune Roi, pas un d'entre eux n'a osé le faire, d'aucuns leur ayant conseillé de ne s'associer en rien à nos démarches. Néanmoins, étant donnée la mission que nous avions reçue, nous sommes partis avec le seul Robert, sacristain de Cantorbéry, après av^oir consulté Guillaume Fitzadeline et Raoul Fitzstephen ; sans trembler nous nous sommes hâtés d'aller trouver le Roi à Westminster, où il résidait, entouré du comte Renaud, des archidiacres de Cantorbéry et de Poitiers, de Guillaume Saint-Jean et autres personnages en grand nombre. En entendant annoncer la paix, le comte Renaud et plusieurs des assistants, mais non pas tous, ont rendu grâces à Dieu en présence du Roi.

« La lecture des lettres une fois achevée, on nous a fait sortir, et le jeune Roi a dit qu'il en voulait délibérer ; après avoir fait venir Walter de Lille et avoir pris conseil de lui, il nous a rappelés pour

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