CHAPITRE XVI
entendre votre propre archidiacre nous dire : « Le Seigneur Roi a reçu les ordres de son père et a « délibéré à ce sujet. Attendu que Randolf de Broc « et ses agents, comme les autres fonctionnaires de « la couronne, ont occupé les terres, possessions et « domaines de l'Archevêché, aussi bien que les béné- « fices des clercs de l'Archevêque en divers lieux « cela par l'ordre du Roi qui est sur le continent, « il est nécessaire de réunir ces divers personnages, « pour connaître au juste ce qui doit être restitué à « l'Archevêque. En conséquence le Seigneur Roi vous « assigne au jeudi 15 octobre, c'est-à-dire au lende- « main de la fête de saint Callixte, pour prendre « alors des mesures en vue de l'exécution pleine et « entière du présent rescrit (i). » Tel a été ce discours. En apprenant cette solution dilatoire, plusieurs ont perdu courage ; ils déclarent que la paix dont on parle ne saurait être une bonne paix ; d'autres ne voient en cette affaire que le désir de tous ces genslà de toucher les revenus qui doivent échoir à la Saint-Michel, et c'est l'opinion la plus probable. Mais nous ne trouvons que du découragement chez tous ceux qui sont ici vos amis ; en vain montrons-nous les lettres du Roi, avec le sceau appendu ; en vain affirmons-nous sous serment que la paix a été conclue et que nous en avons été témoins oculaires : on ne veut ni ne peut nous en croire.
« Quelques uns d'entre nous ont profité d'une excursion du jeune Roi à Windsor pour le saluer respectueusement de votre part ; il leur a fait un accueil
I. Nous lisons dans une lettre écrite postérieurement au Roi par l'Archevêque: « Restitutio... dilata est in diem decimum, sub obtentu Randulfi... » (ep. •« Novit inspecter cordium », Materials, page 393). L'audience que racontent les mandataires de l'Archevêque doit donc être fixée au 5 octobre.
bien plus affable que dans la précédente audience^ lorsqu'il nous recevait en présence de son conseil. Vos amis nous chargent de vous dire que vous feriez sagement de demeurer autant que possible auprès du Roi Henri, jusqu'au jour où vous aurez pu recouvrer pleinement ses bonnes grâces. Sachez au surplus que la grande majorité de ceux avec lesquels nous nous sommes abouchés vous chérissent véritablement ; vous ne sauriez croire combien ils désirent vous voir de retour au milieu d'eux ; mais la terreur les oblige à dissimuler et à se faire un masque d'indifférence.
« Nous aA^ons appris encore autre chose, et cela nous le tenons de quelqu'un qui jadis vous fut attaché ; croyez que c'est bien vrai. Le Roi Henri a envoyé en Angleterre Walter de Lille avec des lettres et un message verbal, pour mander ses intentions à l'archevêque Roger d'York, à Gilbert de Londres et à Jocelin de Salisbury, et en même temps à quatre ou six des dignitaires des chapitres qui n'ont pas actuellement d'évêques. Le Roi enjoint à ces chanoines d'élire des évêques selon sa volonté, d'après les conseils des trois prélats désignés ci-dessus ; après quoi on enverrait les élus au Souverain Pontife pour recevoir de lui le sacre, à votre confusion et au grand dommage de l'Église de Cantorbéry (i). Vous voyez
I. Le préjugé anglais se fait jour ici, comme dans maint endroit de cette volumineuse correspondance et des chroniques. Le sacre conféré par le Pontife romain ne saurait préjudicier aux droits ni à la dignité d'aucun métropolitain. Mais, par un côté, attendu les circonstances, les correspondants de TArchevêque étaient dans le vrai ; car il s'agissait bien de constituer un épiscopat en dehors du primat d'Angleterre, un épiscopat dévoué au Roi et à ses coutumes, partant facile à détacher de Rome même. On savait bien que Thomas Becket refuserait de sacrer des élus indignes, et l'on cherchait à surprendre le Pape afin de peupler l'épiscopat de créatures du Roi. Nous avons montré dans le sacre de Henri Court-Mantel le premier pas dans Texécution de ce plan (cidessus, page 275).