CHAPITRE XVI
ainsi comment d'une part le Roi souhaite vous voir rentrer en Angleterre, et de l'autre s'attache opiniâtrement à vous diminuer. Nous avons des indices trop certains du plan que nous vous signalons, et dans ce pays-ci nul ne voudrait les récuser. Ainsi l'évêque de Londres, si tant est qu'on puisse le dire évêque, est parti depuis longtemps sous couleur de faire un pèlerinage à saint Jean de Beverley ; c'est un prétexte pour être libre d'agir dans le sens qu'indique son maître, pour calomnier son métropolitain et chercher le moyen de l'étrangler. A vous, vénérable seigneur, de faire diligence pour contrecarrer de tels projets, et d'agir pour rompre les trames dont on veut vous enlacer; Dieu vous inspirera, et il n'abandonne pas ceux qui espèrent en lui.
« Nous avons entendu dire en outre qu'aussitôt vues les lettres du Roi, son fils et les deux archidiacres lui ont envoyé sans délai un message; mais qu'ont-ils dit ainsi, nous n'en savons absolument rien. Nous dépêchons donc vers vous le porteur des présentes pour vous instruire de ce que nous avons appris ; renvoyez-le, ou quelque autre à sa place, mais sans différer, pour nous faire connaître vos intentions ; car, ainsi qu'il vous le dira, nous sommes ici sans chef, sans auxiliaires et sans direction ; aucun de ceux que vous nous aviez indiqués n'a osé obéir à votre voix, sauf le sacristain Robert, qui s'est employé du mieux qu'il a pu. Que si par hasard, à la date indiquée par le jeune Roi, la restitution est réellement faite, nous aurons soin de vous avertir sans délai
« Le porteur de nos lettres vous fera lui-même connaître des choses abominables, qui pourtant ne sont que vraies ; mais il n'est pas besoin de les révéler
autour de vous; ensevelissez tout cela dans le silence, s'il vous plaît. Nous ne saurions assez vous répéter de ne point hâter votre retour en Angleterre avant d'avoir reconquis d'une manière plus certaine la faveur du Roi ; de ce côté-ci de la mer il n'est personne qui ne désespère de la paix et nous n'exceptons pas même ceux dont vous escomptiez le dévouement ; on évite de nous parler, on fuit notre compagnie, parmi ceuxlà même en qui nous mettions le plus de confiance et chez lesquels nous devions trouver conseil. »
Un tel rapport était éloquent; rapproché des faits que l'Archevêque venait d'avoir sous les yeux, il lui faisait comprendre, bien mieux qu'à ses députés euxmêmes, combien l'opinion publique voyait juste en Angleterre. Ainsi le Roi ne pressait aucune restitution, et de plus il songeait très sérieusement à mettre en pratique le xi^ article des statuts de Clarendon, relatif aux élections, et demeuré jusqu'alors sans application ; tant il était vrai que Henri II avait consenti à la paix seulement parce que ses chères coutumes ne devaient en recevoir aucune atteinte. Le plan inauguré par le couronnement de l'héritier du trône allait-il donc se dérouler sans obstacle? Non. Jusqu'alors, il est vrai, l'Archevêque avait formellement déclaré sa résolution de ne point rentrer en Angleterre avant que les réparations et restitutions obligées fussent faites à l'Église de Cantorbéry ; mais en découvrant le complot que l'on tramait pour peupler l'épiscopat anglais de pontifes impuissants et vendus d'avance, le pasteur comprit sur-le-champ que son devoir le plus urgent était de reparaître sur son siège primatial et de faire tous ses efforts pour briser les nouvelles chaînes dont on allait charger l'Église.
Diverses lettres arrivées d'Italie presque dans les