CHAPITRE XVI
dans l'épiscopat, sauf peut-être le cas de l'archevêque d'York qui est le chef et l'auteur responsable. L'évéque de Londres est bien, il est vrai, le porte-étendard de la rébellion, pour ne pas dire du schisme; cependant nous demandons qu'il nous soit permis de le traiter avec miséricorde, ainsi que l'évêque de Salisbury, s'il n'est pas possible de les châtier selon vos ordres sans provoquer le réveil du schisme. Vous nous avez recommandé d'agir en tout cela selon les conseils du Roi très-chrétien de France ; or son avis est que nous devrions obtenir de vous des lettres relatives au cas de l'archevêque d'York, spécialement, sans toucher au Roi ; puis d'autres portant excommunication des évêques de Londres et de Salisbury, enfin d'autres lettres frappant de suspense les évêques d'Angleterre en général ; mais tout cela, avec l'autorisation de faire de ces documents divers l'usage qui paraîtrait commandé par les circonstances... « Nous allons pro- « bablement partir pour rentrer en Angleterre : mar- « cherons-nous ainsi à la paix ou à la souffrance, nul « ne le saurait dire ; mais nous savons qu'il n'arrivera « rien que le Seigneur n'ait décrété. Nous nous recom- « mandons à votre Paternité, en rendant grâces à « vous et au Siège apostolique de toutes les conso- « lations que nous avons reçues en des conjonctures « si difficiles... »
Ainsi écrivait, ainsi pensait le primat; assurément la douleur perce dans plus d'un passage de cette lettre, que nous aurions voulu citer en entier ; mais il ne se pouvait que le Pape rencontrât jamais plus de docilité à ses intentions. Probablement il y eut bien de l'étonnement à la cour pontificale, lorsqu'on vit Thomas Becket solliciter des adoucissements aux mesures adoptées par le Pontife romain en consistoire et
de l'avis même des cardinaux; les rôles se trouvaient étrangement intervertis. Pourtant l'Archevêque n'était que fidèle à lui-même ; attendu l'attitude prise par le Souverain Pontife à un moment décisif, il devait^ lui, conseiller tous les tempéraments qu'il jugeait propres à faire réussir au mieux des intérêts de l'Église les résolutions auxquelles s'était arrêté le Pape ; c'était là se montrer vraiment obéissant.
Le dévouement si désintéressé du saint Archevêque était d'ailleurs apprécié maintenant à sa valeur par Alexandre III. Le 9 octobre de nouveaux rescrits apostoliques étaient expédiés d'Anagni à l'adresse de Guillaume de Champagne, de l'archevêque de Rouen et de l'évêque de Nevers (i). « Nous ne pouvons « sans être ravi d'admiration et de joie, disait le « Pape, nous rappeler les peines, les angoisses, les « tribulations que notre vénérable frère Thomas, « Archevêque de Cantorbéry, a supportées avec un « invincible courage et une sérénité inaltérable pour « sauvegarder l'honneur et la liberté de l'Église. » Puis, en vertu de l'obéissance, le Pontife ordonnait aux trois prélats d'aller trouver le Roi et de le mettre en demeure de faire passer en actes les promesses obtenues de lui au mois de juillet; faute à Henri de s'exécuter, l'interdit serait jeté dans les trente jours sur ses domaines continentaux. Quant aux clercs détenteurs de biens usurpés, quinze jours leur étaient donnés pour restituer sous peine d'excommunication.
Ces deux pièces, conçues en termes énergiques, se croisèrent en route avec la lettre que l'Archevêque venait d'écrire au Pape. Un troisième rescrit les suivit à quatre jours d'intervalle, adressé à Thomas Becket,
I. Ep. « Molestias et angustias » [Materials, page 376) ; ep. « Audito et intellecto » [Ibid., page 378).