CHAPITRE I
Pour toutes ces raisons, l'Archevêque sollicitait d'Alexandre III un acte pontifical qui le déclarât légat du Saint-Siège, avec pleins pouvoirs pour agir au nom du Pape (i). Reçut-il quelque assurance ou quelque promesse pendant le voyage de Bourges? Nous ne le savons; mais il n'emportait aucun acte écrit en se séparant du Pontife qu'il ne devait plus revoir.
Il reprit la route de Pontigny, et s'arrêta en chemin au monastère de Fleury-sur-Loire, pour y vénérer le corps du Patriarche des moines d'Occident. L'Archevêque de Cantorbéry, vivant de la vie des religieux dans son grand monastère d'outre-mer, avait voué tout naturellement un culte à saint Benoît, sachant d'ailleurs tout ce que l'Angleterre devait au glorieux Patriarche dont les enfants l'avaient ressuscitée à la foi chrétienne. Que n'avait-il donc pas à demander en venant s'agenouiller dans la crypte de Fleury, l'illustre proscrit entre les mains duquel reposaient les destinées de l'Église dans la Grande-Bretagne?
Rentré dans sa solitude, il prit la plume pour écrire lui-même au Roi Henri, qui demeurait sourd aux remontrances les plus autorisées (2), s'obstinant dans une voie qui le mènerait au schisme si personne ne réussissait à l'arrêter. Une lettre fut remise à l'abbé cistercien de Cercamp, de la filiation de Pontigny, choisi probablement par Guarin de Galardin lui-même ; Urbain était le nom de cet abbé, qu'une certaine aménité de caractère et de langage désignait pour la mission difficile qui allait lui être confiée (3). Il devait déve-