‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 202 sur 372 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

thieu, l'Archevêque se dirigeait vers la Flandre ; plus sage que naguère Tévêque de Nevers, il cherchait les moyens de passer le détroit là oii il savait pouvoir aisément les trouver, son dessein étant de prendre la mer au petit port de Wissant, où jadis il avait débarqué en se rendant au concile de Tours. Mais il voulut au passage visiter Saint-Bertin, où l'appelait un devoir à remplir, celui de remercier l'abbaye du secours et de l'hospitalité donnés pendant les plus mauvais jours. Pierre Mirmer, abbé de Saint- Sauveur d'Andres, vint y chercher le primat d'Angleterre, pour le conduire à Guines, où le comte Baudouin désirait le recevoir. Jadis armé chevalier par le Chancelier d'Angleterre, Baudouin n'avait jamais oublié les obligations contractées ainsi par lui envers Thomas, et il en avait donné la preuve jadis en accueillant Jean de Salisbury exilé, que l'Archevêque chargeait de lui préparer les voies. Il ne voulait donc pas laisser échapper l'occasion qui s'offrait de témoigner tous ses sentiments au primat, qui se rendit à son invitation. Chemin faisant Thomas passa en vue de l'abbaye d'Andres, et l'abbé Pierre eût vivement désiré l'y faire entrer au moins pour quelques instants ; mais l'Archevêque souhaitait ne pas perdre un jour, et ne put se rendre au désir qui lui était exprimé ; toutefois, à la prière de l'abbé, il donna de loin sa bénédiction au monastère, et poursuivit aussitôt sa route. On atteignit promptement le château de Guines, et le comte lit à son hôte ^^ chère « joyeuse: il se monstra envers lui tel que jamais « n'avoit faict envers aultre et ne fit oncques puis ( 1 1. »

I. Chronicon Andrensis Monast., Materials, t. iv, page 263. — Cfr. Annales du comité flamand de France, t. vu, page 343, Souvenirs de saint Thomas de Cantorbéry, par J. J. Carlier,

SAINT THOMAS DE CANTORBi.KV

Le lendemain, de grand matin, l'Archevêque ordonna de préparer le départ; mais ayant appris que le chapelain du château, nommé Gusfrid, était un prêtre de grande vertu, il lui fit une confession de sa vie tout entière (i); puis l'âme ainsi réconfortée, il se dirigea tout droit vers Wissant, qui était proche {2). Mais arrivé là, tout pressé qu'il fût de passer en Angleterre, il dut séjourner plusieurs jours, pour divers motifs qui l'obligèrent à modifier plus d'une fois ses plans.

En premier lieu, Thomas attendait les Lettres apostoliques qu'il avait sollicitées du Souverain Pontife, désirant ne pas user de celles qui étaient entre ses mains et qui lui paraissaient de nature à courroucer le Roi. Mais à peine était-il arrivé à Wissant que de tous côtés lui parvinrent des renseignements et des avis qui présentaient les choses sous un jour nouveau.

Jean de Salisbury, avons-nous dit, se trouvait déjà en Angleterre; il y était arrivé le 15 novembre (3), et avait trouvé d'abord à Douvres le texte d'un édit, publié dès le 12 dans tous les ports, en vertu duquel aucun des clercs de l'Archevêché ne pouvait recevoir passage sur aucun navire pour sortir d'Angleterre. Le 18 Jean arrivait à Cantorbéry pour constater que tous les biens de l'Archevêque et de ses fidèles étaient mis sous séquestre depuis une semaine et que l'administration en était toujours aux mains des gens du Roi. Quant aux revenus des divers domaines, ils venaient

1. « In sécréta confessinne et vitae prions plenitudine ejus humiliter consilium expetiit... », ce que l'éditeur des Materials traduit en marge parées simples mots : « He takes spiritual counsel with the chaplain ».

2. Sur les diverses localités que l'on dit avoir été visitées par saint Thomas en Flandre, voir t. i, note R ; ci-après, note D.

3. Johan. Sarisb. ad Petrum abbat. S. Remigii ep. : « Mora mea » {Materials, t. vu, page 407).

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