CHAPITRE XVII
d'être saisis jusqu'à Noël, et dans les manoirs de l'Archevêché l'on ne trouvait plus que granges vides et maisons en ruines. Jean cependant ne laissa pas de réunir un synode, en vertu des pouvoirs que lui avait conférés le primat; car le bon pasteur voulait ne trouver dans son Église que des enfants de Dieu lorsqu'il y reviendrait, et il avait chargé le fidèle Jean d'absoudre en son nom tous ceux qui avaient encouru les censures. Mais il n'en restait pas moins que l'envoyé de l'Archevêque se sentait dans une vaste prison ; aucune des restitutions naguère stipulées n'était faite, cela va sans dire, et les bruits les plus sinistres circulaient de toutes parts (i). En fait, la conduite des personnages les plus en vue ne pouvait que donner prise à de graves soupçons, et ce fut là surtout ce qui motiva les résolutions adoptées par le primat d'Angleterre.
Non seulement Thomas Becket apprenait quels étaient les agissements des fonctionnaires de tout ordre, mais encore il recevait avis que l'archevêque d'York et les évêques de Londres et de Salisbury venaient d'arriver ensemble à Douvres, presque au moment où lui-même atteignait à AMssant, et la conduite des trois prélats se présentait sous le jour le plus défavorable (2). Si des hommes d'armes étaient massés à
1. Fitzst. page 114. Nous ne rapportons pas ici ces bruits; le fait que Fitzstephen nous en donne Técho prouve qu'ils circulaient, mais plusieurs indices nous inclinent à tenir pour faux les détails qu'il relate ; il raconte ce quon disait, mais nous croyons qu'on ne saurait ajouter entièrement foi à ces anecdotes.
2. Les accusations portées contre eux, et que nous reproduisons, sont tombées de la plume de Jean de Salisbury (ep. sup. cit.) qui était alors à Cantorbéry, et de celle même de Thomas Becket, dans la lettre qu'il écrivit au Pape deux jours avant son martyre (ep. « Quam justis », Materials, t. VII, page 401) ; la gravité de son témoignage ne devient que plus considérable à raison de cette dernière circonstance. Comment ne
Douvres, si à leur tête on distinguait Renaud de Warrenne, Gervais le shérif de Kent, et surtout Randolf de Broc, c'était aux instigations de Roger et de ses deux complices qu'étaient dûs ces préparatifs. Les instructions données par eux visaient surtout les Lettres apostoliques dont l'Archevêque devait être porteur, et l'ordre était donné de fouiller ses bagages pour saisir des documents aussi dangereux; peut-être même réussirait-on à empêcher le débarquement du primat. Les trois chefs de la force armée ne laissaient aucun doute sur leurs dispositions violentes, menaçant hautement de faire tomber la tête du primat, s'il mettait le pied dans l'île; ce n'étaient pas, au moins chez Randolf, des intentions nouvelles; mais en attisant ces fureurs, les trois prélats en prenaient sur eux la responsabilité. D'autre part ils poursuivaient l'exécution du plan formé récemment au sujet des élections épiscopales ; les députés des chapitres étaient déjà nommés, seulement on modifiait la dernière partie du programme arrêté naguère. Au lieu d'envoyer les élus demander la consécration au Pape, on se réservait de la demander à l'Archevêque lui-même, pour obtenir un résultat beaucoup plus prompt. Dans un moment où le retour du primat devenait un danger imminent pour les personnages compromis, il fallait trouver un moyen de le compromettre lui-même; le mettre en demeure de sacrer évêques des prêtres élus conformément à l'article xi" de Clarendon, serait le placer dans l'alternative de reconnaître cette législation ou d'encourir de nouveau la colère du Roi (i).
pas tenir compte de la sévérité avec laquelle l'Archevêque jugeait ces trois personnages au moment où il allait paraître devant Dieu, il le savait ? A ces deux témoins si imposants, il convient d'ajouter l'Anonyme de Lambeth [Materials, t. iv, page 125) qui est contemporain des faits. I. Ce sont là des points fort importants à noter, car on voit dès lors