‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 206 sur 372 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

pas plus le Pape que tout autre homme du nombre des ennemis possibles ; il déclara s'opposer à l'accomplissement d'une formalité de ce genre, ne voulant pas créer pour le clergé d'Angleterre un précédent funeste ; pareil engagement ne pouvait, ajoutait-il, être imposé qu'aux étrangers suspects de venir en espions dans la Grande-Bretagne; mais tel n'était assurément pas le cas pour les hommes que l'Archevêque de Cantorbéry admettait dans sa suite. En présence des dispositions que manifestait le peuple. les chevaliers n'osèrent pas insister, sentant trop bien que cette population de rudes marins ne se laisserait pas intimider par une poignée de soldats; et pour le dire en passant, il y avait là une dure leçon à l'adresse de tant d'évêques, de tant de seigneurs, qui eussent pu éviter à l'Angleterre et à l'Église les désastres des six dernières années par la seule affirmation de leurs sympathies pour la cause du droit.

Les chevaliers allaient se retirer, quand le shérif se ravisant essaya l'effet d'une menace :

« Vous revenez dans ce pays en y apportant le fer « et le feu, dit-il; vous voulez arracher la couronne « au jeune Roi, puisque vous avez excommunié l'ar- « chevêque d'York et les évêques qui ont servi leur « maître. Avisez promptement à ce que vous avez ^f. à faire : sinon il arrivera telle chose que l'on aime- <r. rait mieux ne pas voir.

« Je ne songe point, repartit Thomas, à remettre « en question le couronnement du Roi, auquel je « voudrais donner quatre royaumes, si cela m'était « possible selon Dieu. Mais j'ai frappé ceux qui ont « usurpé le droit de sacrer le prince, au mépris de « la loi divine et des prérogatives de l'Église de « Cantorbéry. Est-ce là porter le fer et le feu dans

« le pays? C'est seulement exercer les droits de la « justice outragée par ces évêques. Au reste à quoi « bon menacer ? J'arrive ici tout prêt à donner ma « tête pour la justice et la vérité. »

Les chevaliers se retirèrent, et l'Archevêque se mit en marche vers Cantorbéry (i). Mais déjà son retour était connu de tous côtés ; des paroisses entières arrivaient conduites par leurs recteurs et marchant en procession au-devant du primat d'Angleterre. Ce n'étaient qu'acclamations joyeuses tout le long de la route; ces pauvres gens revoyaient enfin leur pasteur et ne pouvaient se lasser de recevoir sa bénédiction, de lui témoigner tout leur bonheur. L'affluence était si considérable que le chemin en était encombré ; bien que la distance à parcourir ne fût que de six milles environ, le soleil baissait à l'horizon lorsque l'Archevêque entendit au loin les cloches de Cantorbéry.

Arrivé enfin aux portes de sa ville métropolitaine, il y trouva le clergé conduit par les moines du chapitre cathédral. Descendant de cheval et quittant sa chaussure, il suivit pieds nus la longue procession qui le précédait vers l'église primatiale. La cité toute entière était en fête ; les carillons de tous les clochers répondaient à la voix puissante et sonore des grandes cloches de la cathédrale ; les églises devant lesquelles défilait le cortège résonnaient aux accords des orgues, aux chants des hymnes et des cantiques; les palais saluaient de leurs plus éclatantes fanfares ; le peuple se pressait dans les rues ; du plus riche au plus pauvre, tous avaient revêtu leurs habits de fête

I. Herbert dit que ce fut le lendemain seulement (pag. 478) ; mais il se contredit deux pages plus loin en disant que le lendemain de Tarrivée à Cantorbéry, les trois chevaliers vinrent lui demander sa réponse aux questions qu'ils lui avaient posées ïa veille, c'est-à-dire à Sandwich.

Page 1