CHAPITRE XVII
aux couleurs voyantes, acclamant le héros des grandes luttes, le père et le pasteur qu'ils avaient cru ne plus revoir. Ils le regardaient marcher d'un pas tranquille au milieu de l'allégresse générale, et remarquaient l'éclat particulier dont brillait son visage, comme si la joie de son cœur eût rayonné au-dehors.
Mais lorsque Thomas arriva enfin au seuil de la basilique, une vive rougeur vint colorer ses joues, et il ne put maîtriser son émotion en saluant la vénérable primatiale, parée de ses plus riches tentures, toute resplendissante de lumières comme aux grands jours de fêtes. Anselme, Elphège, Dunstan, n'étaient-ils pas là, tressaillant dans leurs tombes glorieuses? Thomas franchit les degrés du chœur, puis ceux de la chaire, depuis si longtemps veuve, qui s'élevait au fond de l'abside en face de l'autel. Les moines alors vinrent successivement recevoir de lui le baiser de paix, tandis que sous les voiàtes de la basilique retentissait l'hymne de la victoire ; et pendant ce temps, Herbert s'approchant dit tout bas à son maître : 'î: Qu^'importe maintenant ce que vous « réserve l'avenir! Dès cette heure l'Épouse du Christ « a triomphé. » L'Archevêque ne répondit pas, et se contenta de lever sur son ami ses grands yeux clairs et pénétrants ; il savait trop qu'il n'y avait point là de triomphe pour l'Église, et que l'allégresse du peuple en ce beau moment n'était que l'hosanna bientôt suivi de la Passion. Aussi en quittant la basilique entra-t-il au chapitre, où devant les religieux assemblés il prononça une homélie sur ce texte de l'Apôtre, qui traduisait toute sa pensée : « Nous <t n'avons point ici-bas de demeure permanente, mais « nous vivons dans l'attente de celle que Dieu nous « doit donner. »