CHAPITRE XVIII
Clarendon (i). Cette fin de non-recevoir fut exposée à l'Archevêque : « Les deux prélats dont il s'agit, « répliqua-t-il, ont déjà prêté ce même serment, lors- « qu'ils ont voulu obtenir du Pape l'absolution de « l'excommunication; or ils avaient été frappés par « moi. Puisqu'ils ont dû se prêter à cette condition « pour être déliés de la sentence portée par un arche- « vêque, ils le doivent à plus forte raison pour être « déliés de celle que vient de fulminer le Pontife « romain en personne. »
Les évêques de Londres et de Salisbury furent si fort ébranlés par cette remontrance qu'ils se décidaient presque à venir demander l'absolution, aux conditions fort douces qui leur étaient faites ; mais Roger de Pont-l'Evêque, leur mauvais génie, intervint encore, et les conseils qu'il fit entendre exercèrent sur la suite de l'histoire une influence décisive et néfaste. Il faut, dit-il, aller trouver le Roi qui nous a toujours soutenus, et lui exposer notre situation: pendant ce temps nous enverrons prévenir l'héritier d'Angleterre que l'Archevêque cherche à lui arracher la couronne.
Le recours au souverain en pareil cas était, remarquons le bien, l'application exacte du vif article de Clarendon, en vertu duquel les appels devaient être portés par-devant le Roi et non point par-devant le Pape, si l'Archevêque refusait justice. Quant à l'ambassade envoyée vers Henri Court-Mantel, c'était purement et simplement une manœuvre perfide ; et il fallait avoir conçu de l'intelligence du prince une bien triste idée pour oser lui faire entendre pareils
I. Voilà rhomme qui jurera solennellement, un mois plus tard, n'avoir jamais promis ni par écrit ni par serment l'observation des coutumes (V. à TAppendice, note A).
mensonges. On choisit pour porte-parole ce Geoffroy Ridel, archidiacre de Cantorbéry, que nous savons depuis longtemps capable de toutes les scélératesses et gonflé de haine contre son archevêque.
Thomas ne fit rien d'abord pour déjouer ces complots qu'il n'ignorait pas. Reprenant à Cantorbéry sa vie d'autrefois, il recommençait à rendre la justice avec la même impartialité sereine, s'inquiétant de savoir où était le droit, mais fort peu de connaître à quel parti appartenaient les plaideurs. Ceux-ci d'ailleurs étaient rares, car on n'osait guère approcher le primat ; les grands se tenaient à l'écart, et Thomas Becket le remarquait sans peine; quant aux gens du peuple ils étaient intimidés par les espions qui se tenaient de tous côtés en permanence, à l'entrée des ponts et des principaux passages, notant soigneusement les noms cies gens qu'ils soupçonnaient d'aller trouver l'Archevêque. Celui-ci ne s'émouvait point pour cela, et travaillait à remettre un peu d'ordre autour de lui. Après huit jours donnés à ces premiers soins, il songea à visiter son diocèse, n'étant revenu en Angleterre que pour remédier autant que faire se pourrait aux maux dont l'Église primatiale était accablée.
Son premier devoir, dès qu'il sortait de Cantorbéry, était d'aller présenter ses hommages au jeune Roi ; et d'ailleurs il y avait là un excellent moyen de mettre à néant les rumeurs propagées à son endroit. Henri Court-Mantel résidait à Winchester ; l'Archevêque députa vers lui Richard, prieur de Saint-Martin de Douvres, qui emmena trois magnifiques destriers aux grandes allures, harnachés avec un luxe royal ; c'était le présent de joyeuse arrivée que l'Archevêque offrait au jeune Roi, lui faisant en