CHAPITRE XVIII
même temps exprimer son hommage comme à son nouveau souverain.
On fit d'abord quelques difficultés pour introduire le prieur auprès de Henri; l'envoyé du primat dut donner l'assurance que le message dont il était porteur ne contenait aucune parole de nature à troubler la paix; sur quoi il fut enfin reçu et s'acquitta de sa mission. « Par les mérites des saints de Cantorbéry, « faisait dire l'Archevêque au jeune Roi, et grâce « aux prières des fidèles, Dieu dans sa miséricorde « m'a réconcilié avec votre royal Père. De retour « en Angleterre, je désire pouvoir vous apprendre « moi-même comment se sont accomplis cette récon- « ciliation et ce retour. Je sais qyxQ mes ennemis me « calomnient auprès de vous ; cependant je prends « Dieu à témoin que je vous tiens pour mon seigneur et « roi. Je n'ai point, il est vrai, posé moi-même la cou- « ronne sur votre front, comme c'eût été mon droit « en qualité d'Archevêque de Cantorbéry, mais c'est « là une question que je souhaite traiter directement « avec vous dans l'entrevue que je sollicite. »
Henri Court-Mantel répondit au prieur en termes courtois, le remercia du message qu'il venait de transmettre, rappela que Richard avait jadis donné l'hospitalité à la reine Eléonore et marié la princesse Mathilde Plantagenet au duc de Saxe. Quant à l'Archevêque, Henri ne daigna pas même mentionner sa requête, sinon en disant qu'il se réservait de faire porter une réponse au primat par un courrier royal; après quoi Richard fut congédié. On ne pouvait guère imaginer procédé plus dédaigneux à l'égard d'un Archevêque de Cantorbéry, qui jadis avait nourri le prince royal ; il nous est facile de saisir déjà l'action néfaste exeaxée par Geoffroy Ridel.
Pendant ce temps^, le primat se rapprochait de Londres, et par là même de Winchester, afin d'être à portée de se présenter sans délai chez Henri Court-Mantel aussitôt que la porte du palais lui serait ouverte. Pour prévenir les dangers qui pourraient se rencontrer pendant ce voyage, Thomas se fit accompagner d'un sergent d'armes et de quatre cavaliers d'escorte; l'état des campagnes et la situation spéciale où il se trouvait en Angleterre justifiaient amplement une précaution si simple. De plus, en sa qualité d'Archevêque, il avait le droit d'entretenir une maison militaire, comme tous les prélats le faisaient, et comme il l'avait fait lui-même autrefois sans que personne y trouvât matière à commentaires. Néanmoins la perfidie de ses ennemis sut exploiter la présence de cinq hommes d'armes à la suite du primat d'Angleterre ; Henri II fut promptement averti que Sa Seigneurie s'était mise en campagne à la tête d'une véritable armée, qu'elle forçait les places du royaume, et ne visait à rien moins qu'à chasser le jeune Roi de ses états. La vérité était que Thomas allait paisiblement, l'étole au cou, selon son ancienne coutume, donnant la confirmation aux enfants en la manière que nous savons, c'est-à-dire partout où il rencontrait des fidèles, sur le bord des chemins comme dans les églises. Sur sa route l'Archevêque trouva son vieil ami Walter, évêque de Rochester, qui venait le saluer à la tête de son chapitre et de tout son clergé.
Il atteignit enfin South^vark, sur la rive droite de la Tamise, en face de Londres; mais il y arriva en triomphe. A trois milles de la cité, il avait vu venir à sa rencontre les étudiants pauvres et les clercs, qui entonnèrent le Te Detim dès qu'ils aperçurent le primat d'Angleterre. A mesure qu'on appro-