‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 212 sur 372 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

« église où un autre commande ; ne m'oubliez pas.

— Venez donc me trouver quatre jours après Noël, .« et je verrai à vous pourvoir. »

Sur ce, Guillaume se retira. Il avait été le messager des grands martyrs, qui, du haut du ciel, envoyaient leurs encouragements à celui que les hommes abandonnaient; ne dirait-on pas qu'ils semblaient impatients de recevoir dans leurs rangs ce nouveau frère, et venaient au-devant de lui? D'ailleurs c'était en la •fête de saint Laurent que Thomas Becket avait été intronisé sur le siège primatial ; et le diacre martyr assurait ainsi l'Archevêque de sa protection toute spéciale au moment où s'annonçait le dernier combat.

Le 13 décembre, fête de sainte Lucie, Thomas se trouvait à son manoir de Harrow-on-the-Hill. C'était là qu'il était venu, vingt ans auparavant, simple clerc de shérif, saluer l'Archevêque Thibaut ; alors il était pauvre, mais du moins libre et paisible comme ceux que le monde ignore ; à l'heure présente au contraire, chargé de défendre les plus graves intérêts contre les plus puissants adversaires, il se voyait entouré de pièges, de complots, et sentait l'angoisse envahir son âme. Il écrivit à Simon, abbé de Saint-Alban, pour le mander auprès de lui, et termina sa lettre par ces mots : « Jamais plus qu'à cette heure je n'ai « eu besoin de consolations (i). » L'abbé se hâta de se rendre auprès de son illustre ami, qui lui fit l'accueil le plus affectueux et lui raconta les péripéties de l'exil.

« Grâces à Dieu, tout cela est aujourd'hui heureu- « sèment fini, » dit enfin le seigneur abbé.

Thomas répondit par un soupir; et prenant la

I. Cfr. Matth. Par. Vitœ XXIII abbat. S. Albciiii, de abbate Simone. — John Morris, The Life of S. Thomas Becket, pag. 388.

main de son confident, il la pressa avec émotion, en disant :

— Mon ami, mon ami, vous êtes un autre moi- « même; sachez donc toute la vérité; elle est bien « différente de ce que l'on croit généralement. Nous « sommes au début de persécutions nouvelles, et je « prévois quelles attaques vont tenter encore une fois « le Roi et son fils. Son fils ! Mon seul espoir !

— Quoi, père saint! Se peut-il? reprit l'abbé.

— Je sais, oui je sais où l'on en viendra, » répondit Thomas en levant les yeux au ciel et en laissant échapper un profond soupir.

Il fallut se séparer. L'Archevêque recommanda au seigneur abbé de prier pour lui son patron saint Thomas, promettant de payer de retour ce pieux souvenir. « Voici que je vais, ajouta-t-il, célébrer « la fête du saint apôtre dans mon Eglise, selon que « le Seigneur en disposera. )s>

Le primat rentra en effet à Cantorbéry le vendredi i8 décembre, à temps pour procéder à la cérémonie de l'ordination qui devait avoir lieu le lendemain. Remarquons le, il avait mis six jours à faire le trajet de Southwark à la ville primatiale, tandis qu'au départ il y avait employé deux jours, en s'arrêtant fréquemment pour les raisons que nous avons fait connaître ; il est bien permis de voir en cela le résultat d'un calcul. Le jeune Roi avait donné au primat d'Angleterre l'ordre de rentrer sur-le-champ à Cantorbéry : Thomas ne voulut-il point montrer par sa déférence qu'il ne nourrissait aucune pensée de révolte, mais aussi par la lenteur de sa marche qu'il entendait conserver toute la liberté de son ministère épiscopal ?

La fête de l'apôtre saint Thomas arriva et enfin

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