CHAPITRE XVIII
le Souverain Pontife au courant du complot qui se tramait contre le primat d'Angleterre.
Deux autres messagers furent encore chargés de porter à l'évêque de Norwich les instructions nécessaires pour l'absolution de quelques prêtres établis sur les domaines du comte de Norfolk.
Malgré des préoccupations aussi graves, Thomas n'oublia pas Guillaume, le prêtre pauvre qui l'était venu trouver à Wrotham et lui avait apporté les reliques des martyrs. Il le fit chercher, mais on ne le trouva pas encore à Cantorbéry. Cependant l'Archevêque, se sentant pressé par le temps, ne voulut pas attendre l'arrivée du solliciteur, et remit à un ami commun le diplôme qui conférait une chapellenie à Guillaume.
Pendant ce temps que se passait-il en dehors de Cantorbéry? Les avertissements donnés à l'Archevêque avant son départ de Wissant se trouvaient chaque jour confirmés par la guerre que menaient de plus en plus vivement contre lui des hommes notoirement dévoués à la cause du Roi. La famille de Broc se distinguait particulièrement; on la retrouvait dans toutes les entreprises tentées contre le primat, et Randolf en était le chef. De concert avec le shérif de Kent, il agit d'abord contre la bourgeoisie, qu'il voulait intimider parce qu'on la trouvait trop favorable à l'Archevêque, et les deux associés essayèrent une parodie des procédures légales. Après avoir réussi à connaître les noms de plusieurs prieurs et de nombreux bourgeois qui s'étaient portés à la rencontre du primat sur la route de Sandwich, on prétendit exiger d'eux caution avec promesse de comparaître à la première sommation, pour répondre de leur attitude amicale à l'égard d'un traître. Les ^prieurs cités par-devant le
shérif ne comparurent point, ni aucun des clercs enveloppés dans la même prévention. Quant aux bourgeois, plusieurs se présentèrent, mais pour déclarer aux procureurs improvisés qu'on n'avait vu nulle part l'ordre royal qu'ils alléguaient, qu'on n'avait pas davantage ouï parler d'ordonnances émanées à ce sujet des juges ordinaires. Etant, de par leurs privilèges, les hommes liges du Roi, les bourgeois se refusaient à rendre compte de leur conduite par-devant toute autre justice que celle du souverain.
Battu sur le terrain légal où il s'était essayé à un rôle mal fait pour lui, Randolf en appela aux violences. Lui et son frère Robert s'avisèrent un jour de venir courre le cerf sur les terres de l'Archevêché : la bête fut lancée, forcée, finalement emportée en triomphe, et les frères de Broc emmenèrent du même coup plusieurs chiens appartenant au primat. C'était là une grave atteinte au droit de chasse, qui, depuis la conquête, constituait un des privilèges dont se montrait le plus jalouse la noblesse de tout ordre ; Henri II avait jadis édicté à ce sujet une loi nouvelle, contresignée par Thomas Becket, chancelier d'Angleterre (1). Assurément celui-ci, au mois de décembre 1170, ne songeait guère au plaisir de la chasse; mais le fait même d'un coup de main si audacieux avait une signification. Violer de la sorte un privilège que sanctionnaient des peines redoutables, c'était proclamer que l'on tenait l'Archevêque pour déchu de ses droits seigneuriaux et mis hors la loi.
Robert de Broc, dont nous voyons ici un premier exploit, avait été d'abord engagé dans la cléricature, puis moine cistercien; il avait apostasie plus tard, et