CHAPITRE XVIII
Thomas Becket chantait la naissance du Sauveur, quatre chevaliers se réunissaient autour de l'archevêque d'York dans une chambre du château de Bur (i); c'étaient Renaud Fitzurse, Guillaume de Tracy, Hugues de Moreville, et Richard Le Breton. Roger leur répétait que le royaume était bouleversé par Thomas; que cet homme une fois disparu, la paix renaîtrait enfin, et que lui, archevêque d'York, assumait toute la responsabilité de leurs actes. Il leur dictait les questions et les conditions qu'ils devaient poser au primat, puis remettait à chacun soixante marcs; et les quatre chevaliers s'engageaient par serment à concourir ensemble au meurtre qui devait débarrasser le Roi de son adversaire, et l'archevêque Roger de l'homme qu'il détestait depuis quinze ans. Mais heureusement les conjurés n'avaient pas cru devoir s'entourer d'un profond mystère ni écarter tous les témoins, au milieu d'une cour tout entière à l'unisson de leurs sentiments ; la postérité a donc connu leur complot par le rapport d'un témoin oculaire (2). La nuit même ils quittaient le château, se dirigeant vers la côte, deux d'entre eux prenant leur route pour aborder à Douvres, et les deux autres à Winchelsea ('3).
1. C'est Garnier qui charge de ce crime la mémoire de Roger de Pont-l'Évêque (page 178). Nous hésiterions à accepter cette accusation, même contre l'indigne prélat, si tout ne se réunissait pour corroborer Taffirmation du biographe. Ses frères dans Tépiscopat le regardaient comme l'assassin de Thomas Becket (ci-après, note A) ; et qui avait donc dicté aux quatre chevaliers la leçon qu'ils répétèrent ensuite devant le primat ? Car nul d'entre eux n'était assez clerc pour formuler lui-même les griefs qui furent articulés contre le saint Archevêque.