‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 225 sur 372 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

dans l'appartement voisin, et Renaud commença de suite à exposer le message dont il se disait chargé ; mais presque aussitôt l'Archevêque l'interrompit.- Voyant de quelle nature était la mission que prétendaient remplir ses étranges visiteurs : « Ce ne « sont point là choses à tenir secrètes », dit-il; et il appela le chambellan Osbern. en lui ordonnant de faire rentrer tous ses familiers. Il voulait des témoins; mais il ne savait pas ce que plus tard avouèrent les conjurés, c'est-à-dire que pendant le court moment où ils étaient demeurés seuls avec le primat, ils avaient songé à réventrer avec le manche de la croix métropolitaine qu'ils venaient d'apercevoir à leur portée.

Les clercs et les moines ayant repris leur place, Fitzurse dut recommencer son discours, où nous reconnaissons les arguments qu'avaient fait valoir à Bur de plus savants que lui :

« Le Roi a signé la paix avec toi : il a oublié « toute querelle, et t'a permis de revenir librement « comme tu le demandais. Toi, au contraire, tu as « ajouté l'insulte à tes anciens méfaits; tu as violé « le traité de paix, et tu t'es conduit à l'égard de ton « seigneur et maître avec une insolence dont tu te « repentiras. Tu as condamné ceux qui avaient prêté « leur ministère au couronnement de l'héritier du « Roi, du fils que lui a donné la reine et qui porte « à l'épaule le signe de sa race (i). Tu as frappé « d'anathème les officiers du Roi. ceux dont la pru- « dence et les conseils l'aident à gérer les intérêts

I. Benedict. Materials, t. iv, pag. 389. On sait que les Plantagenets apportaient, dit-on, en naissant un signe placé à la partie supérieure du bras ; c'est à quoi fait allusion Fitzurse. De nos jours nous avons entendu dire en Angleterre qu'une personne prétendait descendre des Plantagenets, et montrait comme preuve le signe en question ; il n'est du reste pas besoin de passer la mer pour entendre parler de choses semblables.

« du royaume. Il est donc bien clair que, si tu le « pouvais, tu arracherais la couronne au jeune Roi ; « et tout le monde connaît maintenant les machina- « tions à l'aide desquelles tu cherches à mettre un tel « projet à exécution. Notre maître nous envoie donc « en Angleterre pour te sommer d'absoudre ceux que « tu as excommuniés, de rendre à ceux que tu as. « suspendus la liberté de leur ministère, et d'aller à « Winchester faire satisfaction au jeune Roi, dont tu « auras à observer la sentence.

— J'en atteste Dieu, répond alors l'Archevêque, « jamais je n'ai songé à porter la main sur la cou- « ronne du jeune Roi, mon seigneur; je voudrais « plutôt lui en donner encore trois avec de grands. « royaumes. Pourquoi s'indigner et me reprocher « d'avoir été accompagné par mes hommes dans les « campagnes comme dans les villes ? N'était-il pas « naturel qu'étant au service de l'Église ils parussent « dans ma suite? Et après sept ans d'absence peut- « on s'étonner que j'aie vu le peuple accourir vers « moi? Dès que le Roi le désirera je me rendrai « près de lui, prêt à donner satisfaction si j'ai failli « en quelque chose; je m'y disposais, quand j'ai reçu « à Londres l'injonction de revenir sur mes pas; à « l'heure actuelle comment irais-je trouver le jeune « Roi, puisqu'il m'a fait donner l'ordre impérieux « de ne plus sortir d'ici ? Quant aux évêques, s'ils « ont été frappés, c'est par le seigneur Pape lui- « même.

— C'est toi qui les a liés, s'écrient les chevaliers; « c'est toi, et tu vas les absoudre.

— C'est moi, si vous le voulez, puisque je l'ai « demandé; mais la sentence a été prononcée par le « Pape lui-même ; un pouvoir subordonné ne saurait

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