‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 226 sur 372 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

^< défaire l'œuvre d'un pouvoir supérieur; qu'ils « aillent trouver le Pontife romain, s'ils veulent « l'absolution ; j'ai fait à mes suffragants de Londres « et de Salisbury des propositions bienveillantes qu'ils « n'ont pas acceptées; quant à l'archevêque d'York « je n'ai véritablement aucun droit pour le délier, « pas plus que je n'en aurais eu pour le lier. Au reste « tout ceci a eu lieu du consentement du Roi lui- « même; le jour de sainte Madeleine, quand nous « avons conclu la paix, il a examiné les faits, et m'a « donné toute latitude pour réprimer les excès aux- « quels on s'était porté. Il y avait là plus de cinq « cents chevaliers qui ont été témoins de ce que « j'avance; et toi-même, Renaud, tu t'y trouvais.

— Je n'y étais pas !

— Tu y étais, je t'y ai vu.

— Non, je n'y étais pas; je n'ai été témoin de rien « de pareil !

— Dieu sait la vérité. J'ajoute qu'en l'absence même « des autorisations données alors par le Roi, j'aurais « été forcé de prendre des mesures de rigueur, car « depuis mon retour je me suis trouvé en butte à « tous les outrages de la part de ses gens.

— Que ne lui en as-tu demandé justice ? s'écrie « Moreville ; la question eût été portée au grand con- « seil du Roi, et on aurait reconnu ton droit.

— Tout beau, sire Hugues ; crois-tu qu'à tout « propos l'on me verra recourir au conseil royal? « Quiconque offensera l'Eglise me trouvera sur son « chemin, et pour le châtier selon ses mérites j'agirai « comme le doit faire un Archevêque, sans attendre « la permission de personne.

— Quoi donc, s'écrient-ils tous quatre en se levant! « De qui tiens-tu ton évêché ?

— Au spirituel, de Dieu et du seigneur Pape ; au « temporel, du Roi.

— Tu ne tiens pas tout du Roi?

— Non certes, et je dois rendre à Dieu ce qui est « à Dieu, au Roi ce qui est au Roi.

— Et nous, de par le Roi, nous t'ordonnons de « sortir de son royaume et de ses domaines, avec « tous ceux qui te sont attachés; pour eux et pour « toi il n'y a plus de paix, puisque tu as violé le « traité.

— Trêve de menaces, repart l'Archevêque ; je place « ma confiance dans le Roi du Ciel, qui a été mis « en croix pour les siens; dès ce jour nul ne me « verra mettre la mer entre mon Église et moi ; si je « suis revenu, ce n'est pas pour fuir de nouveau ; « qui me cherchera me trouvera ici. Au surplus vous « savez quel lien existe entre vous et moi: je n'en « suis que plus surpris de vous voir venir menacer « votre Archevêque jusque dans son palais.

— Il n'y a de lien entre nous que sauf le service du « Roi, s'écrient-ils fous de colère ; et nous te disons « que tu as parlé au péril de ta tête !

— Etes-vous venus pour me tuer? Mais j'ai confié « ma cause au Dieu qui jugera tout le monde, et <'' vos menaces ne me font pas peur ; vos épées ne « sont pas plus prêtes à frapper que mon âme à « accepter le martyre. Cherchez ailleurs quelqu'un à « faire trembler ; au combat du Seigneur vous me « trouverez devant vous pour lutter pied à pied. »

Les cinq interlocuteurs sont debout, Thomas entouré par les quatre chevaliers qui crient et gesticulent comme des insensés. Au milieu de leurs clameurs confuses, l'Archevêque et ses amis distinguent des phrases entrecoupées :

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