CHAPITRE XIX
« Au nom du Roi, je te déclare la guerre!
« Oui, nous pouvons te menacer, et faire plus « encore ! />
Et ils se dirigent en tumulte vers la porte, où les gens du primat se sont massés, attirés par le bruit. Fitzurse leur crie :
« Au nom du Roi, nous vous ordonnons de quitter « cet homme ! ;/
Mais aucun mouvement ne se produit, et s'adressant alors aux religieux présents, Renaud vocifère :
« Sires moines, au nom du Roi, tenez le sous « bonne garde, jusqu'à ce que notre maître ait tiré « de lui la vengeance qui lui est due,
— Il est aisé de me garder, reprend paisiblement « Thomas, car je suis bien décidé à ne pas m'en- « fuir. )^
Et il suit les chevaliers qui sortent en laissant libre cours à leur colère ; au passage ils saisissent le sénéchal Fitznigel qu'ils emmènent, et le traître ne demande pas mieux, quoiqu'il feigne d'être violenté. Entendant les paroles confuses qu'échangent les quatre conjurés, Thomas s'adresse à Moreville, qui paraît le moins brutal :
« Que dis-tu, Moreville? Que dis-tu ?
Mais il ne reçoit aucune réponse, et les chevaliers disparaissent par l'escalier.
L'Archevêque rentre alors dans l'appartement et va reprendre sur le lit la place qu'il occupait tout-àl'heure ; avec le calme qui ne l'a pas un instant abandonné, il juge sévèrement les paroles qu'on vient de lui faire entendre ; et autour de lui les émotions et les tendances particulières de chacun de ses fidèles se manifestent librement. Jean de Salisbury est le premier à parler, mais c'est pour adresser des reproches à
son maître. Au cours de la discussion, il lui a donné tout bas le conseil de délibérer avec les chevaliers et un petit nombre d'intimes; mais Thomas a répondu sans hésiter: « C'est inutile; ces gens là demandent des « choses que je ne dois ni ne puis leur accorder. » Jean a cependant conservé sa manière de voir, et avec la liberté de langage dont il est coutumier :
-^ C'est une chose étrange, dit-il, que vous ne « veuilliez jamais suivre que votre sens particulier!
— Qu'attendiez-vous de moi, dom Jean ?
— Vous deviez assembler vos conseillers lorsque « les chevaliers sont venus ; ils ne cherchent qu'une « occasion de vous mettre à mort ; mais il n'y a pas « eu moyen de vous faire entendre raison.
— J'ai pris conseil, répond Thomas, je sais ce « qu'il me reste à faire.
— Plaise à Dieu que ce soit un bon conseil !
— Jean, ne devons-nous pas tous mourir ? La « crainte de la mort ne nous doit pas faire abandon- « ner la voie de la justice. Je suis plus prêt à mourir « pour l'amour de Dieu que ces gens-là ne le sont « à me frapper.
— C'est parfait, mais nous sommes pécheurs, nous « autres, et point prêts à la mort; ici je ne vois que « vous à l'accepter de bon cœur.
— La volonté de Dieu soit faite », répond Thomas. 11 a compris qu'il sera seul.
Pendant ce court dialogue les autres familiers échangent avec animation leurs pensées; les uns ne doutent pas que les chevaliers ne mettent à exécution leurs menaces ; les autres, peut-être les plus effrayés, déclarent qu'il n'y a rien à craindre ; évidemment ces étranges visiteurs avaient bu, car on ne se conduit ainsi qu'après des excès de table; ^i. mais, disent-ils^