‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 232 sur 372 · LA SÉPULTURE · texte numérisé non relu

LA SÉPULTURE

En sortant du lieu saint, les meurtriers rencontrèrent sur leur route un français attaché au service de l'archidiacre de Sens et qui se lamentait en allant par le cloître: un des chevaliers se jeta sur lui et le blessa grièvement ; puis les quatre assassins continuèrent leur course pour se ruer à travers le palais primatial. En arrivant aux appartements de l'Archevêque, ils y trouvèrent leur digne ami Robert de Broc; celui-ci ne s'était point mêlé au drame dont la basilique venait d'être le théâtre, car il avait mieux à faire en se rendant tout droit à la chambre du primat pour s'assurer du butin qu'il y pourrait trouver. Les meurtriers se joignirent à lui ; et pendant que les hommes d'armes saccageaient le reste du palais, Tracy. Moreville, Fitzurse et Le Breton avec Robert de Broc enfoncèrent les coffres et les bahuts. Livres, étoffes, objets d'or et d'argent, tout fut pillé ; de leurs mains sanglantes les assassins enlevèrent le calice d'or qui avait servi à l'xA.rchevêque pour célébrer les saints mystères ; puis un couteau ^ qui valait la rançon d'une ville, » dit Garnier, enfin un anneau dont le chaton était formé d'un magnifique saphir. On saisit avec empressement, pour les envoyer au Roi Henri II, tous les documents

^So SAINT THOMAS DE CANTORBÉRY

écrits que Ton put découvrir : bulles des Papes, chartes, privilèges, et autres pièces. Dans la garderobe du primat les pillards trouvèrent, à leur grande surprise, deux haires en crin (i), dont ils n'avaient point à faire et qu'ils jetèrent de côté. Les chambres des clercs furent ensuite mises à sac ; et lorsqu'on eut fouillé le palais jusque dans ses derniers recoins, fait main basse sur tous les objets de quelque valeur, on alla aux écuries et l'on emmena les chevaux. Après quoi, à la lueur des torches, les complices partagèrent leur butin, qui pouvait se chiffrer au moins par une somme de deux mille marcs, au dire d'un biographe (2) ; et l'on se mit en route pour le château de Saltwood. Mais quand tout fut fini, quand les têtes échauffées commencèrent à se calmer, les misérables se sentirent saisis d'épouvante. Ainsi que Guillaume de Tracy l'avoua plus tard à l'évêque d'Exeter, il crut un instant que la terre allait s'entr'ouvrir et l'engloutir tout vivant (3).

Pendant ce temps, la nouvelle de la catastrophe s'était répandue dans la ville, propagée par les nombreux témoins qui venaient d'y assister. La douleur et l'horreur d'un pareil crime étaient unanimes; il y eut pourtant une exception, et ce fut encore un clerc qui en donna le scandale : Edouard Grim entendit cet homme d'Église dire que Thomas Becket n'était point un martyr, puisqu'il n'était mort victime d'autre chose que de son entêtement 1 Les simples

1. Herb. pag. 513. Ce témoignage est important à noter pour servir à l'histoire des reliques de saint Thomas.

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