‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 234 sur 372 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

des bancs, que l'on disposa de manière à occuper tout entier ce lieu désormais sacré.

La nuit s'avançait déjà, mais les religieux comptaient bien la passer entièrement auprès des précieuses reliques. Pendant ces heures silencieuses, où des amis approchaient seuls du martyr, Robert de Merton crut devoir faire connaître les austérités de celui qui depuis l'enfance lui avait confié le soin de son âme. Il fit donc voir aux moines que la cappa de l'Archevêque recouvrait la coulle monastique de Cîteaux (i), et enfin la haire de crin. Cette vue changea en joie la douleur des religieux : un moment stupéfaits, se regardant les uns les autres,

I. Il ijonvient de remarquer ici une assertion de Herbert (pag. 521). Parlant de l'ensevelissement que nous allons raconter tout-à-Theure, il dit que les religieux trouvèrent sur le corps du martyr « atrum quod- « dam colobium, absque caputio tamen, quod ipsi mox cucullam mona- « chaleminterpretati sunt. » A première vue ce passage pourrait paraître signifier que saint Thomas portait la coulle des moines noirs. Nous avons dit pourtant qu"il avait revêtu celle de Citeaux : l'assertion du biographe nous contredit-elle? Non. Herbert ne se porte pas garant du fait, dont il n'a pas été témoin ; il doute même, c'est évident, que ce fût là un habit monastique, et s'il donne l'interprétation des moines sur ce « quoddam colobium », ce n'est pas sans laisser entendre c^u'il ne l'accepte pas absolument. Mais les religieux de Christchurch disaientils que Thomas portât la coulle noire ? Non ; Guillaume de Cantorbéry ni Bénédict ne le disent pas ; le dernier écrit : « habitum superindutum « monachalem, staininani videlicet et cucullam, repererunt » (T. iv, page 406). De la couleur il n'est rien dit, et si elle eût été noire, le biographe n'eût pas omis un détail si précieux pour son ordre. Mais l'étamine dont il parle nous semble bien être le coJohium mentionné par Herbert, c'est-à-dire le vêtement de dessous des moines, qui pouvait être brun tout aussi bien pour les cisterciens que pour les bénédictins. Le texte de Herbert ne nous a donc pas paru suffisant pour établir un fait auquel lui-même ne croit pas. Alain de Tewkesbury, qui raconte en détail la vêture de l'Archevêque à Pontigny, se garde bien d'affirmer qu'il s'agissait alors de la coulle noire ; et il est d'ailleurs trop évident que l'abbé de Pontigny, cistercien, n'eût pu donner à son hôte l'habit d'un ordre autre que le sien. Nous avons donc dû dire que la coulle, dont la vue réjouit si fort les moines de Christchurch, était la coulle cistercienne.

ils s'écrièrent enfin : « Voyez, voyez ! Il était moine, « et nous ne le savions pas ! O saint Thomas, glo- « rieux martyr de Dieu ! » et ils baisaient à genoux les mains et les pieds de celui qu'ils n'avaient malheureusement pas toujours compris ni soutenu comme ils eussent dû le faire.

L'aube allait poindre quand un orage éclata audessus de la ville ; mais peu après les nuages se dissipèrent, l'aurore brilla, et le ciel s'illumina de lueurs pourprées dont les clartés vinrent graduellement illuminer les voûtes et les nefs de la basilique. Les moines saluaient cette belle lumière qui enveloppait de ses rayons le corps du bienheureux martyr, et semblait célébrer son triomphe dans les cieux, lorsque Robert de Broc arriva au monastère. Il était porteur d'un message envoyé par son digne frère, qui faisait dire aux religieux : « Thomas a péri de la mort des « traîtres, et la terre en est délivrée : mais il ne mérite « pas d'être mieux traité mort que vif. Placez son ca- « davre en quelque lieu où l'on ne puisse le trouver; « sinon je viendrai le prendre par les pieds^ l'arracher « de sa tombe, pour le traîner par la ville à la queue « des chevaux, ou le mettre en quartiers que je jet- « ferai aux pourceaux et aux chiens. » Randolf étant homme à faire comme il disait, les moines se hâtèrent d'assurer les portes de la cathédrale et descendirent leur trésor dans la crypte située sous le chœur. Pour faire vite afin de prévenir de nouvelles violences, et aussi pour ne point perdre le sang vénérable qui s'était attaché à tous les membres du martyr, on décida de renoncer à laver le corps et à l'oindre avec le baume, comme il était d'usage aux funérailles des prélats ; néanmoins les religieux tinrent à l'ensevelir dans ses vêtements pontificaux. Ils enlevèrent

SEPULTURE DE SAINT THOMAS DE CANTORBÉRY ms. Harlei. 5102.

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