CHAPITRE XX
de la solitude et brise l'orgueil des puissants. Les miracles éclatent; Thomas n'est pas enseveli que déjà commence l'histoire de ses triomphes. Parmi les témoins du drame qui venait de se dérouler dans la cathédrale se trouvait un homme du peuple dont la femme était paralytique. En rentrant au logis, il apporta un linge imbibé du sang du nouveau martyr, et lorsque la malade eut entendu le récit que son mari lui faisait avec émotion, elle se sentit animée d'une foi vive dans le pouvoir de saint Thomas ; elle demanda qu'on trempât dans un verre d'eau la relique dont sa maison était maintenant honorée, afin qu'il lui fût possible de boire ainsi quelques gouttes du sang généreusement versé pour l'Église. Le mari, partageant la foi de la pauvre paralytique, fit selon son désir; et à peine l'infirme eut-elle bu cette eau qu'elle se trouva parfaitement guérie. Le miracle fut aussitôt connu dans la ville, en dépit de la police, et chacun attacha plus de prix encore à la possession d'une goutte du sang vénérable ; la forme de la dévotion des fidèles envers le saint Archevêque fut dès lors inaugurée pour de longs siècles. Quant au présent, néanmoins^ les menaces de la famille de Broc intimidaient le peuple, et si l'on parlait de la guérison opérée dans la nuit du 29 au 30 décembre, ce n'était qu'à voix basse et entre voisins ; les moines euxmêmes n'osaient aller que furtivement prier au tombeau du martyr (i).
Pendant la nuit qui voyait guérir la paralytique de Cantorbéry, et tandis que les moines veillaient devant l'autel majeur autour du saint corps. l'Archevêque apparut en songe à un homme de sa maison ; il
I. Guill. Cant. Materials, t. i, page 542. Miraculorum lib. vi. n" 165,
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