CHAPITRE XX
produisait à Glocester. Le jour même où l'on apprit dans cette ville la mort de TArchevêque, une pieuse dame fit vœu d'aller en pèlerinage au tombeau du martyr si elle obtenait la guérison de sa fille, âgée de seize ans, qui souffrait d'une douleur de tête depuis onze années déjà. La journée n'était pas achevée que le miracle était accompli.
Guillaume Belet, chevalier d'Ainesbourne, en Berkshire, souffrait d'un bras qui était extrêmement enflé. Le dimanche 3 janvier, il apprit le meurtre de l'Archevêque, et aussitôt il se mit à invoquer saint Thomas et à lui demander sa guérison. La nuit suivante il dormit d'un profond sommeil qu'il ne connaissait plus depuis longtemps, et à son réveil trouva son bras et sa main dans leur état normal; toute douleur avait disparu.
Le 4 janvier, une femme aveugle vint frapper à la porte d'un hospice voisin de Cantorbéry et demanda si on ne voudrait pas lui confier quelque objet qui eût appartenu au saint martvr. On lui présenta précisément un des vêtements teints de sang qui avaient été distribués par les moines lors de l'ensevelissement. L'aveugle appliqua sur ses yeux la précieuse relique, et à l'instant la vue lui fut rendue.
Ainsi chaque jour était marqué par quelque prodige et quelque manifestation de la puissance du saint ; encore n'avons-nous parlé que des miracles constatés. Beaucoup d'autres s'opéraient dont les religieux de Christchurch ne tenaient pas compte, n'ayant pu les voir de leurs ^'eux ni faire d'enquête à leur sujet. Vraiment le nuage se dissipait, et les ra3^ons du flambeau que Dieu avait mis dans la main du glorieux pontife commençaient à frapper les yeux du monde. Saint Thomas lui-même apparaissait à
diverses personnes, et leur faisait comprendre qu'il était entré dans la béatitude éternelle; plusieurs le virent ainsi et remarquèrent le léger filet de sang qui traversait sa figure ; ils purent décrire ce signe caractéristique avec autant d'exactitude que s'ils eussent contemplé le corps du martyr le 29 décembre au soir, au moment où on le déposait au cercueil. A d'autres le saint apparut aussi, en leur montrant ses plaies désormais fermées et radieuses, et en leur faisant voir par là qu'il était entré au sein de la gloire céleste (i). Mais aucune révélation ne fut plus complète que celle dont le Seigneur favorisa un monastère de Palestine ; il est vrai qu'elle fut connue bien tardivement en Angleterre ; toutefois nous la rapporterons ici, car elle eut lieu dans les quinze jours qui suivirent l'événement. Le patriarche de Jérusalem, Héraclius, parcourant l'Occident pour appeler les fidèles au secours de la Terre-Sainte, vint à Cantorbéry le 28 janvier 1185; et pendant son séjour dans la Grande-Bretagne, il fit lui-même à Herbert, qui nous l'a conservé, le récit qu'on va lire :
Dans un monastère de Palestine, un saint religieux était sur le point de mourir; son abbé, qui avait pour lui une affection profonde, lui demanda s'il ne voudrait pas, après la mort, apparaître et dire, si Dieu le permettait, quel était son sort en l'autre vie? Le moribond promit de demander au Seigneur cette permission, et s'endormit bientôt en paix. Quelques jours plus tard il apparaissait en effet à son abbé, pour l'assurer qu'il jouissait désormais de la vision
I. Des faits de ce genre se produisirent à des dates très rapprochées de celle du martyre, car ils sont mentionnés dans la lettre que Tarchevêque de Sens écrivit au Souverain Pontife et dont nous parlerons au chapitre suivant.