‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 241 sur 372 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

LES MEURTRIERS (l 171-1 172)

La nouvelle du tragique événement qui avait ensanglanté la primatiale d'Angleterre se répandit avec la rapidité de l'éclair dans tout l'occident, et le Roi Henri II fut un des premiers à le connaître. Il en demeura d'abord atterré, s'enferma dans un isolement absolu, ne "voulut pas pendant trois jours paraître dans le lieu saint, et refusa toute autre nourriture qu'un peu de lait d'amande (i). Il comprenait assez que de toutes parts on allait le montrer au doigt et le désigner hautement comme l'auteur responsable du meurtre, après six ans passés à lutter contre l'Archevêque de Cantorbéry, après les violents reproches adressés naguère, et plus tôt encore, à ceux qui « ne « voulaient rien faire pour débarrasser leur maître de « son unique ennemi. » Ce fut alors que le Roi envoya aux moines de Sainte-Trinité le message dont

I. Guill. Cant. Materials, t. i, pag. 125. La pénitence dont il est ici question pourrait paraître assez singulière, sinon quant à la quantité des aliments, du moins quant à leur qualité. Il faut se rappeler néanmoins le luxe raffiné que les rois, et même de moins puissants seigneurs, alliaient à leurs habitudes guerrières ; comparé aux mets recherchés dont nous n'avons plus la moindre idée aujourd'hui, et qu'on voyait figurer alors sur la table des grands, le lait d'amande semblera presque un aliment de carême.

nous avons parlé déjà, et par lequel il leur mandait d'ensevelir dignement le corps du primat, auquel il voulait bien pardonner les offenses dont avait eu à se plaindre la majesté royale. Henri II ajoutait quelques mots pour se disculper, assurant n'avoir jamais voulu armer le bras des assassins ; mais il fut mal servi par ses interprètes. « Ayant appris le départ « des chevaliers, dirent les clercs chargés du message, c< et les connaissant pour les hommes les plus per- « vers de son royaume, le Roi a envoyé en toute ' « hâte des agents pour faire fermer les ports devant « eux. Ils ont passé la mer, néanmoins, mais à l'insu « de notre maître, qui croyait les avoir dans sa suite « le jour même où le crime fut perpétré. /> Personne, sans doute, ne se chargera de dire comment Henri II pouvait se croire entouré d'hommes qu'il savait partis depuis quatre jours, qu'il avait cherché a rappeler, et dont ses agents ne lui avaient pas annoncé le retour puisqu'eux-mêmes n'étaient pas revenus. Le Roi ou ses messagers voulaient trop prouver. Mais ce n'était pas à l'opinion des moines de Cantorbéry que tenait le plus Henri Plantagenet ; il leur confiait le soin ^< d'expier par leurs prières la cul- « pabilité des paroles échappées à sa colère, /^ mais au demeurant se souciait bien moins de leur appréciation que de celle du Pape. La crainte du châtiment qui allait certainement l'atteindre le faisait trembler, et il était urgent de recourir une dernière fois à la diplomatie, pour atténuer l'effet d'une pareille catastrophe. Le Roi fit donc écrire au Souverain Pontife une lettre où nous lisons :

« A peine arrivé en Angleterre, l'Archevêque a « montré qu'il n'apportait pas avec lui les joies de « la paix, mais le fer et la flamme. Il mettait tout

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