CHAPITRE XXI
« en question dans le royaume, et jusqu'à ma cou- « ronne, prenant le rôle d'agresseur à l'égard de mes « vassaux, lançant contre eux l'excommunication « sans le moindre motif. Il s'est trouvé des hommes « qui n'ont pu supporter tant d'arrogance ; quelques « uns comptaient parmi les victimes de l'excommu- « nication. A eux se sont joints plusieurs anglais ; « ils ont attaqué l'Archevêque ; et ce que je ne puis « dire sans douleur, ils l'ont tué (i). »
Autant de mots, autant de contre-vérités, dironsnous. L'excommunication avait été fulminée par le Pape et non par saint Thomas ; seul parmi les laïques Robert de Broc fut frappé pour actes de brigandage; et cela, le jour de Noël, au moment où les assassins quittaient le château de Bur pour passer en Angleterre. Car ces gens-là venaient de la cour ; et c'était loin de Cantorbérv, loin de l'Archevêque et à l'abri de ses prétendus excès, qu'ils avaient formé leur complot. Des funestes paroles qui avaient décidé du sort du primat, pas un mot dans ila lettre royale, où nous retrouvons bien le cœur sec de Henri II, inaccessible aux inspirations généreuses, aussi incapable d'abandonner un plan que d'oublier une injure, fût-elle imaginaire.
Les évêques n'eurent pas honte de seconder la manœuvre que tentait leur maître à l'égard du Pape, et Arnulf, revenu au premier plan, écrivit au Souverain Pontife une lettre où sa plume flexible s'exerçait à innocenter le Roi (2); il s'apitoyait même sur l'infortuné prince, « que le chagrin conduirait bien « vite au tombeau si l'on n'y prenait garde » ; mais •en revanche il criait haro sur les misérables subal-
•I. Materials, t. vir, pag. 440, ep. « Ob reverentiam ». .2. Ihid. pag. 438, ep. << Cum apud regem ».
ternes, coupables d'avoir mis leur maître dans un si mauvais pas.
Pour porter cette lettre Henri II choisit de nombreux ambassadeurs, parmi lesquels Roger, évêque de Worcester, qu'on s'étonne de rencontrer dans un tel rôle; l'abbé cistercien de Valazé, les archidiacres de Salisbury et de Lisieux, Richard Barre que nous connaissons déjà, quelques autres personnages encore de moindre notoriété, reçurent mission d'aller trouver le Pape, et de détourner le coup dont le Roi d'Angleterre était certainement menacé. On apprenait alors que l'archevêque de Sens, Guillaume de Champagne, s'apprêtait à fulminer l'interdit ; aussi les ambassadeurs se proposèrent-ils de le visiter au passage ; ce que voyant, Rotrou de Rouen et Arnulf de Lisieux ne purent se résoudre à laisser tenter sans eux un essai de conciliation, et se joignirent aux députés du Roi ; Gilles d'Evreux en fit autant, et le 25 janvier les quatre prélats arrivaient au palais archiépiscopal de Sens, avec l'abbé de Valazé et ses collègues (i). Ils trouvèrent les suffragants de la province réunis autour du métropolitain, qui voulait prendre leur conseil en vue de l'action qu'il méditait. Les envoyés du Roi Henri cherchèrent à obtenir de lui la promesse de ne point jeter l'interdit sur les domaines continentaux de leur maître, et l'archevêque de Rouen prétendit appuyer sa requête sur les lettres mêmes d'Alexandre 111 : « Nous ne pouvons « agir l'un sans l'autre en une telle circonstance, dit-il -5: à Guillaum.e de Sens ; or, je vous refuse mon con- « cours, parce que le cas prévu par le Pontife romain « est seulement celui où le Roi n'aurait pas conclu
I. Mûtcn'û/s, t. VII, pag. 444. Willelmi ad Hugonem Dunelmens. episc. ep. « Miseranda rumorum ».