‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 243 sur 372 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

« la paix avec l'Archevêque de Cantorbéry. w Pareil argument passait les bornes de la naïveté (i) ; Guillaume répondit en montrant le texte des Lettres apostoliques, en vertu desquelles l'un des deux prélats investis des pouvoirs de légat était libre d'agir si son collègue ne pouvait ou ne voulait se joindre à lui; et de plus, il était bien clair que si l'interdit était mérité dans le cas où le Roi se refusait à la paix, il l'était bien davantage dans le cas où le Roi faisait assassiner l'Archevêque de Cantorbéry ; or Guillaume de Sens venait de recevoir de Henri II luimême l'aveu de sa culpabilité (2). Les évêques suffragants étaient d'avis qu'il fallait recourir aux voies de rigueur, et l'abbé de Valazé lui-même avouait que la sentence ne serait que juste ; Rotrou n'eut donc d'autre ressource que de formuler un appel de plus au Souverain Pontife , qu'il allait trouver de ce pas, assurait-il, quoique bien décidé à n'en rien faire, et pour cause. Roger de Worcester continua sa route avec les ambassadeurs désignés par le Roi, et ils n'étaient pas encore loin de Sens lorsqu'ils apprirent que l'archevêque venait de mettre à exécution sa menace et de jeter l'interdit sur les états continentaux de Henri Plantagenet. Guillaume, au surplus, les faisait suivre par un courrier chargé d'une lettre adressée au Pape ; et devant eux, sur le chemin de l'Italie, couraient Alexandre le Gallois et Gontier, qui portaient au Saint-Père, avec la nouvelle du martyre, la dernière lettre que Thomas Becket lui eût écrite. Il faut convenir que jamais ambassade n'avait été

1. Materials, t. vu, pag. 442, Willelm. Senon. archiep. ad Alexand. Pap. ep. « Vestro apostolatui ».

2. Ibid. <^ Per Carthusiensem quoque quem ad eum miseramus, nobis « significavit Rexj quod causam mortis ejus dedcrat et quod eum occi- « derat. »

plus épineuse que celle-ci. De toutes parts l'indignation éclatait contre le Roi d'Angleterre ; de France partaient de nombreuses lettres envoyées à la cour pontificale et signées du Roi Louis, de maint personnage haut placé, dénonçant toutes Henri Plantagenet comme le meurtrier du primat, et redisant les miracles qui se produisaient déjà au tombeau de Thomas Becket. Les ambassadeurs allaient donc, au milieu de la réprobation universelle, poursuivis par l'écho des prodiges qui attestaient la sainteté de la victime dont il leur fallait disculper le meurtrier ; la tâche était ardue.

En arrivant à Frascati, .où résidait le Pape, les ambassadeurs se virent aux prises avec des difficultés bien plus grandes encore qu'ils ne l'avaient imaginé, Roger de Worcester étant demeuré en arrière, peu pressé peut-être d'exécuter le mandat qui lui avait été donné, l'abbé de Valazé demeurait seul chef de la députation. Il trouva la cour pontificale plongée dans le deuil, et tout entière devenue hostile au Roi Henri. Alexandre HI venait d'apprendre l'assassinat de l'Archevêque de Cantorbéry et se renfermait dans sa douleur ; le grand et malheureux Pontife voyait enfin à quel résultat l'avaient conduit tant de négociations dilatoires, tant de promesses mensongères, secondées par la faiblesse et la trahison. Durant huit jours il n'admit personne auprès de lui, pas même ses familiers, et l'accès du palais était interdit à tout sujet du Roi d'Angleterre. Les affaires demeurèrent suspendues, et lorsqu'arriva la nouvelle ambassade envoyée par Henri H, ni le Pape ni les cardinaux ne consentirent à la recevoir (i).

I. Materials, t. vu, pag. 471, Clericorum Régis Angliœ ad Regem ep. « Noverit vestra Majestas ».

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