CHAPITRE XXI
On était au samedi avant les Rameaux, et tout le monde tenait pour assuré que dès le Jeudi-Saint Alexandre lancerait l'excommunication contre le Roi. Il n'y avait pas de temps à perdre pour les députés s'ils voulaient détourner le coup ; aussi multiplièrentils démarches et sollicitations. Le cardinal Jean de Naples était absent^, mais en frappant avec insistance à diverses portes que les anglais avaient coutume de voir s'ouvrir, ils finirent par obtenir que l'abbé de Valazé avec l'archidiacre de Lisieux fussent admis par le* Souverain Pontife à une audience publique. Les deux ambassadeurs, introduits devant le Pape et les cardinaux, débutèrent par l'éloge obligé de leur maître ; mais quand ils en vinrent à parler de son dévouement à l'Église romaine, le Sacré Collège entier protesta de telle sorte qu'il fut impossible d'aller plus loin. i
Rappelés dans la soirée en présence du Saint-Père, ils y trouvèrent Alexandre le Gallois et Confier, qui défendirent vigoureusement la mémoire de Thomas Becket contre les accusations des deux agents du Roi, et l'audience n'eut d'autre résultat qu'une longue délibération du Pape avec les cardinaux. Bientôt on sut que la nécessité d'un châtiment avait été examinée, finalement approuvée ; aussi l'anxiété des ambassadeurs devenait-elle extrême. A force de démarches, ils obtinrent enfin de plusieurs cardinaux un conseil propre à amortir le coup devenu imminent, celui de se déclarer prêts à jurer au nom de leur maître obéissance entière aux ordres du Pontife romain. Alexandre consentit à recevoir ce serinent, qui fut prêté le Jeudi- Saint après midi ; puis le Pape fulmina l'excommunication d'une manière générale contre les meurtriers -de l'Archevêque de Cantorbéry et tous ceux qui leur
auraient donné aide, conseil, assistance ou asile en connaissance de cause. Le jour de Pâques l'abbé de Valazé expédia ces nouvelles au Roi, sans pouvoir dissimuler la crainte que le maître ne fût pas entièrement satisfait; et pourtant le négociateur aurait eu droit à des remerciements de la part du prince qui ne devait pas espérer se trouver quitte à si bon marché.
Il est vrai, le Pape n'avait pas dit encore le dernier mot, ni prononcé le jugement auquel Henri devrait se soumettre en vertu du serment prêté en son nom. Roger de Worcester, arrivé à Frascati après Pâques, dut attendre quinze jours avant d'être admis en la présence du Saint-Père et de connaître la sentence définitive. Lorsqu'il fut introduit avec les autres ambassadeurs, ce fut pour entendre Alexandre III confirmer la mesure prise par l'archevêque de Sens et interdire au Roi d'Angleterre l'entrée de l'Église, jusqu'à l'arrivée des légats qui allaient être envoyés en Normandie pour juger de la culpabilité du prince et de ses dispositions. Ainsi tout ce que le Souverain Pontife pouvait accorder était de ne pas dénoncer nommément à la chrétienté le Roi Henri II comme excommunié, et de ne pas placer tous ses états sous l'interdit.
Une autre négociation se poursuivait parallèlement à celle-ci, et il s'agissait des trois prélats frappés par l'Archevêque de Cantorbéry, Roger d'York, Gilbert de Londres^ et Jocelin de Salisbury. Le premier assurait ne pouvoir se rendre auprès du Pontife romain parce que l'Empereur lui refusait passage (i) ;
I. Materials, t. vu, pag. 499, Alexandri Pp. ad Rothomag. archicp. et Ambian. episc. ep. « Et ipsa loci ». Alexandre III eût pu objecter ([ue là où venait de passer révêque de Worcester, Tarchevêque d'York pouvait passer aussi ; mais Roger se donnait pour un des champions les plus compromis de TÉglise romaine ! Il faut lire les paroles du Pape