‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 253 sur 372 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

une lettre où l'insolence de la pensée le disputait à l'enflure du langage, et où il traitait de Pharaon le martyr déjà glorifié par ses miracles 11). Que devint Gilbert Foliot ? De plus en plus considéré pour ses austérités célèbres, il vit un de ses neveux, Robert Foliot, s'asseoir sur le siège de Hereford, en même temps que Richard d'Ilchester montait à celui de Winchester, Jean d'Oxford le Jureur à celui de Chichester, Renaud le bâtard, archidiacre de Salisbury, à celui de Bath, Geoffroy le fils de Rosemonde, au siège illustre et longtemps abandonné de Lincoln ; Geoffroy Ridel, enfin, l'ennemi personnel de Thomas Becket dont il était l'archidiacre, Geoffroy prenait en main la crosse de l'antique Église d'Ely. Cette curée avait lieu au mois d'avril 11 73, àWestminster, sous la présidence du Grand Justicier d'Angleterre, dans une assemblée des députés des chapitres en conformité de l'article xi^ de Clarendon ; le Roi récompensait ainsi les auxiliaires qui l'avaient si longtemps servi dans la guerre faite au primat (2).

Nous avons ainsi dépassé quelque peu l'ordre des faits pour examiner le sort des meurtriers de l'Archevêque et de leurs complices ou fauteurs, à tous les degrés ; ces constatations nous serviront tout-à-

1. Materials, t. vu, pag. 504, ep. <( Non ignorât dilectio vestra «. — Cfr. Johan. Sarisb. ad Willelmum Senon. archiep. ep. « Agonem nos- « trum » (Ibid. pag. 525).

2. R. de Diceto (t. i, pag. 368) nous dit bien que ces élections ont été libres ; il ne peut dire qu'elles aient été canoniques, et Gervais de Cantorbéry (t. i, pag. 243) déclare nettement que les nouveaux titulaires ont été choisis « ad libitum régis et curialium ». Et quant à la forme elle est assez dessinée par le fait que les clercs se réunirent à Londres pour procéder à l'élection. Ce ne sont pas, évidemment, les chapitres tout entiers qui sont venus là de Lincoln, de Hereford, ni de Bath, et il faut voir dans ce fait l'application du xi'' statut de Clarendon. Ainsi les élus étaient bien les créatures du Roi qui récompensait ainsi leurs services.

l'heure, mais il est temps de reprendre le fil de l'histoire.

Après avoir attendu longtemps le retour du Roi, les cardinaux légats lancèrent un monitoire à son adresse; mais Henri II était trop éloigné, derrière lui les chemins étaient trop bien gardés, pour qu'il pût avoir connaissance de l'acte. Il reparut enfin en Angleterre le mardi de Pâques 1172, et apprit alors quelle attitude adoptaient les dépositaires du pouvoir apostolique. Sans perdre une minute il prit la mer, débarqua en Normandie au moment où on le croyait encore en Irlande, et des pourparlers préliminaires s'engagèrent aussitôt ([). Le Roi et les cardinaux se rencontrèrent à Gournay, puis le lendemain, mardi ib mai, à l'abbaye de Savigny, où commencèrent décidément les délibérations. Mais les deux légats n'étaient pas venus pour discuter; le Pape les envoyait pour juger des dispositions du Roi et lui imposer telles conditions qui paraîtraient nécessaires à sa réintégration dans l'église (2) ; Albert et Théodwàn entendaient donc dicter au prince la conduite à tenir, sans lui reconnaître d'autre droit que celui de jurer obéissance. Henri II ne comprenait pas de même sa situation, ne se considérait nullement comme un coupable devant ses juges, et prétendait discuter comme s'il se fût agi d'un traité à conclure de puissance à puissance. Il essaya même de revenir à sa vieille tactique, si souvent heureuse, et rompant brusquement la conférence, il dit aux cardinaux :

« Je retourne en Irlande, où j'ai beaucoup à faire.

1. Materials, t. vu, pag. 513 et suiv. « De reconciliatione régis. Primo « dominus rex et legati ».

2. L'exclusion prononcée par le Pape n'avait pas empêché Henri de s'occuper des choses de l'Eglise d'Irlande.

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