‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 255 sur 372 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

imposèrent alors au Roi d'autres pénitences d'un caractère privé, tels que jeûnes et aumônes, qui furent l'objet d'une convention secrète ; puis ils conduisirent le prince devant la grande porte de la cathédrale où il s'agenouilla, mais les cardinaux le relevèrent et l'introduisirent enfin dans l'église, dont l'accès lui avait été interdit.

Le mardi dans l'octave de l'Ascension, les acteurs de cette mémorable scène se retrouvèrent à l'abbaye de Saint-Etienne de Caen, où l'archevêque de Tours et ses nombreux suffragants avaient été con\oqués. Dans la grande salle des États (i), en présence de ces graves témoins, Henri renouvela tous les engagements pris à Avranches, et enfin les deux légats levèrent l'interdit dont étaient frappés les domaines continentaux du Roi. Ils notifièrent cet événement par lettres officielles adressées à l'archevêque de Sens et à celui de Ravenne.

L'historien doit s'arrêter un instant devant l'acte qui s'accomplit sous les voûtes de l'illustre abbaye, car tout n'y est pas clair. En prêtant par deux fois le serment de n'avoir ni souhaité ni ordonné la mort de Thomas Becket, Henri H était-il sincère? Devons-nous l'innocenter d'un crime dont la voix publique le chargea unanimement au lendemain du 2g décembre? Pareille question est bien permise, et d'elle-même elle se pose^ lorsqu'on a entendu Henri Plantagenet prendre sans trembler le Dieu du ciel à témoin pour formuler un odieux mensonge (2). Et néanmoins, à la lumière des faits que nous venons de grouper, nous acquérons la conviction que le Roi n'avait pas songé à ordonner l'assassinat; les fatales paroles échappées à sa colère ne pouvaient valoir un ordre, c'est assez clair;

1. Hippeau, L'abbaye de Saint-Etienne de Caen, page 51 [Caen 1855).

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