‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 260 sur 372 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

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continuant le même jeu contre l'Archevêque, en lui refusant après le traité de Fréteval les marques authentiques de la réconciliation, en ne réprimant pas les excès des frères de Broc, en permettant à Roger d'York et à ses deux complices de soulever l'indignation de sa cour contre le primat, Henri II aggravait encore la responsabilité qui retomba sur lui de tout son poids, le jour où coula le sang du martyr. Il en avait été averti par Thomas Becket lui-même (i), et de ce chef sa culpabilité n'en devient que plus évidente. C'est donc à juste titre qu'il a dû accepter une expiation, qui d'ailleurs ne fut qu'incomplètement fournie ; elle resta au niveau du repentir du prince, aussi imparfaite que son propos d'amendement. Nous avons clairement constaté qu'il ne se repentait point de la guerre menée contre l'Archevêque de Cantorbéry ; pour cela il nous suffisait d'entendre le message adressé aux moines de Christchurch, de lire la lettre envoyée au Souverain Pontife, de voir les pires ennemis de saint Thomas élevés aux dignités de l'Église. A'oulons-nous constater bien clairement qu'il n'entendait point détruire l'œuvre mauvaise contre laquelle Thomas Becket avait lutté jusqu'à la mort? Examinons les conditions acceptées à Avranches et derechef à Caen. Nous y lisons que Henri « abro- « géra entièrement les coutumes introduites sous son « règne au détriment de l'Église, et n'en réclamera « plus l'observation de la part des évêques. •}/ Était-ce

I. Materials, t. vu, pag. 393, Thom. Cant. ad Regem ep. « Novit inspecter cordium ». L'Archevêque disait: « Rex, quidquid agant vestri, haec omnia de manibus vestris requirentur ; damnum enim dédisse videtur qui causam damni dédit. » Ce que Garnier de P. S" M. traduit ainsi (pag. 106) :

Reis, qui que fet l'overaigne, de tes mains ert requise, Car bien fet le domage qui l'e mal en atise.

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enfin la victoire du martyr et de l'Église ? Parmi les contemporains beaucoup le pensèrent aussitôt, et les deux cardinaux légats tout les premiers; mais il n'en était rien, l'histoire est obligée de l'affirmer, car elle en a les preuves. Arnulf de Lisieux venait seulement de sauver l'œuvre législative si chère à son maître, et il ne faut pas chercher ailleurs l'explication de l'adhésion si aisément donnée par le Roi h un jugement qui pouvait lui paraître dur: il savait par Arnulf que le serment ne l'engageait à rien au sujet des coutumes, et le reste lui importait assez peu. La formule adoptée par les cardinaux pour parler des statuts de Clarendon leur fut certainement suggérée par l'artificieux prélat, qui savait bien quel sens lui donnerait Henri, quel sens il lui avait donné depuis longtemps. Lorsqu'il écrivait au Pape, lorsqu'il discutait avec Guillaume de Pavie, avec Simon du Mont- Dieu, le Roi s'était toujours déclaré prêt à réformer selon les conseils du Saint-Siège ou de l'épiscopat les coutumes nouvelles^ mais en mettant soigneusement hors de cause celles que lui avaient léguées ses ancêtres ; et chose étrange, l'autorité apostolique n'avait jamais contesté au prince le droit de faire cette distinction ; seul Thomas Becket avait discerné le piège et rappelé le nom de saint Anselme, dont les luttes semblaient oubliées. Lors donc que les cardinaux Albert et Théodv\nn lui imposaient l'obligation d'abroger les coutumes introduites sous son règncy Henri n'avait garde de s'y refuser; mais au lendemain du serment prêté à Caen, il écrivait à l'évêque d'Exeter : « J'ai promis... de renoncer aux coutumes « introduites sous mon règne au détriment de l'Eglise, « coutumes d'ailleurs bien peu nombreuses, si tant « est môme qu'il en existe de telles, ce que je ne

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