‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 270 sur 372 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

yeux les preuves de sa victoire et de sa puissance ; en vain opère-t-il des miracles dans la ville métropolitaine du nord et sur les domaines mêmes du prélat (i) ; nul indice ne nous permet de croire au repentir ni à la conversion de Roger de Pont-rÉvéque.

A l'autre extrémité de l'Europe vovons ce vaisseau battu par la tempête, et qui essaie vainement d'atteindre les côtes de la Palestine. Il porte des pèlerins en Terre-Sainte, mais voilà cinq jours que dure la tourmente ; les trois mâts ont dû être coupés ; le navire, désemparé de son gouvernail, fait eau de toutes parts: l'équipage découragé n'essaie plus même de lutter et n'attend que la mort. Un des passagers, prêtre et ang'ais de nation, s'est endormi de lassitude, lorsque lui r.pparait en songe un personnage qu'il ne reconnaît pas :

— Qui es-tu ? dit-il.

— Je suis Thomas, naguère Archevêque de Cantor- << béry. Dis à ces gens de prier pour Renaud Fitzurse « et de réciter à son intention l'oraison dominicale, « afin d'obtenir de Dieu miséricorde pour lui. S'ils « obéissent, demain le vaisseau atteindra la côte » (2).

Ainsi fut fait, et les naufragés purent prendre terre le lendemain ; n'est-il pas permis d'espérer qu'en effet le Seigneur, dans la profondeur de ses miséricordes, prit en pitié l'assassin pour lequel le martyr avait sollicité des prières? Le nom de Fitzurse est demeuré chargé de l'exécration des chrétiens, et sa destinée reste enveloppée d'une effrayante obscurité que l'apparition du saint pontife vient seule illuminer d'une clarté fugitive; sans déchirer tous les voiles, cet éclair

1. Guil. Cant. pag. 335 et 254 ; le second de ces prodiges est attesté par une lettre officielle.

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