‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 277 sur 372 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

marqué Tannée 1170, et nous n'ignorons plus quel prix y attachait Henri II. Mais après avoir vu là un acte décisif dans le sens de sa politique ecclésiastique, il ne tarda pas à reconnaître que c'était une lourde faute, et le coup qu'il avait voulu porter à l'Église retomba sur lui de tout son poids. Louis le Jeune avait été profondément blessé de voir sa tille exclue de la cérémonie du sacre, et Henri II se vit obligé d'en faire réparation; il fut donc convenu que la jeune reine Marguerite serait couronnée à Winchester par l'archevêque de Rouen, ce qui eut lieu le 27 août de l'année 11 72; et conformément aux exigences du Roi Louis, ni l'archevêque d'York ni les évêques de Londres et de Salisbury ne parurent à la cérémonie. Mais en acceptant cette condition, Henri II n'avait pas à beaucoup près épuisé le calice des humiliations auxquelles il s'était lui-même condamné.

Les traités de Montmirail et de Saint-Léger avaient posé des principes qui n'allaient à rien moins qu'au démembrement des états réunis sous le sceptre des Plantagenets, si un jour les fils de Henri II voulaient en tirer les conséquences. En plaçant la couronne sur la tête de Henri Court-Mantel, en l'associant au trône, en le qualifiant Roi des Anglais, en lui remettant de fait le gouvernement de la Grande-Bretagne, son père #Dmptait trop aisément sur la soumission et la fidélité d'un fils de la reine Éléonore. Le jeune Roi s'habitua vite à considérer sa dignité comme une souveraineté réelle; et son père commit une nouvelle faute en s'enfermant durant cinq mois en Irlande. Il avait interdit, l'on s'en souvient, toute communication entre lui et ses états, pour être plus sûr de ne recevoir aucune lettre des cardinaux légats ; mais pendant ce laps de temps, les mécontents purent à leur

aise murmurer et intriguer. On fit entendre à Henri Court-Mantel qu'il était réellement le chef du royaume puisque son père n'en avait plus souci, et il ne fallut pas de longues instances pour le déterminer à porter la main sur le sceptre, d'autant que la reine-mère prenait, dit-on, parti en faveur des jeunes princes : duchesse d'Aquitaine, pouvait-elle ne pas partager les sentiments d'indépendance enracinés si avant dans le cœur de ses sujets héréditaires ?

Après les conférences et les serments d'Avranches et de Caen, après la cérémonie de Winchester, qui ne faisaient que poser davantage Henri Court-Mantel comme prince souverain, il vint un jour en Normandie trouver son père, et lui demander l'exécution immédiate des clauses acceptées par lui à Montmirail : Henri II refusa nettement de démembrer ses états, mais dès la nuit suivante son fils le quittait furtivement et passait en France, où il fut aussitôt rejoint par ses deux frères, Richard et Geoffroy^ qui avaient le même intérêt à être investis de leurs apanages respectifs.

Le Roi Louis VII accueillit les jeunes princes dont l'aîné n'avait pas vingt ans; la cour de France les entoura d'honneurs et de fêtes où brillaient leur prouesse et leurs charmes. Trouvères autant que chevaliers, ils se plaisaient au sein de la « douce « France; » mais la politique poursuivait son œuvre au milieu des divertissements. La défection des trois Plantagenets était une heureuse fortune pour Louis le Jeune, si l'on s'en tient aux seuls calculs des habiletés humaines, car elle offrait une occasion unique d'écraser d'un coup la puissance d'un rival redoutable. Sous prétexte d'aider les trois princes à con-

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