‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 278 sur 372 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

quérir les apanages que leur reconnaissaient les traités, une ligue formidable se forma dans laquelle entrèrent la France, la Flandre, l'Ecosse, la Bretagne et l'Aquitaine. A ces bannières confédérées se joignirent aussitôt celles de nombreux seigneurs d'Angleterre qu'attirait l'appât de riches dépouilles. Henri Court- Mantel abandonnait à Guillaume le Lion, roi d'Ecosse, les deux belles provinces de Cumberland et de Northumberland; au comte de Flandre, Douvres et d'autres villes maritimes ; au comte de Champagne un des châteaux qui dominaient la Touraine, avec des revenus à prélever sur cette province qui jadis appartenait à la maison de Blois et Champagne. Les seigneurs du Poitou et de la Guyenne voyaient la possibilité de reconquérir leur indépendance, et de restaurer le duché d'Aquitaine comme les bretons « la « libre Bretagne ». Pour les grands seigneurs anglais, c'était une occasion de saisir l'influence politique et de venger des disgrâces. La France enfin était suffisamment intéressée par l'espoir d'anéantir la puissance de Henri Plantagenet, de briser le faisceau des forces réunies dans sa main; car c'était la dislocation complète qui se préparait, et il n'en fallait pour preuve que la légèreté avec laquelle les fils de Henri II jetaient au vent les clefs mêmes du royaume. Si la coalition était heureuse, elle amènerait la fin de ces guerres toujours renaissantes qui cievaient dégénérer plus tard en un duel de cent ans. Mais les coalisés se crurent trop forts pour que la victoire pût être douteuse; et ils combattirent mollement, sans aucun ensemble, oubliant qu'ils avaient affaire à un capitaine aussi résolu qu'expérimenté.

Henri II comprit toute la grandeur du danger, mais il ne s'abandonna pas, et déploya les qualités qui

auraient dû faire de lui un grand prince ; d'ailleurs il avait sur ses adversaires l'avantage immense que lui donnait son armée permanente, aguerrie, toujours mobile et toujours prête. Il demeura d'abord en Normandie, sa seule province entièrement fidèle, pendant que le comte de Flandre et le Roi de France engageaient les hostilités. De ce côté la campagne se dessina promptement en faveur du Roi d'Angleterre. Dégagé sur sa frontière de l'est, et négligeant les insurgés de Guyenne, éloignés et désunis, il frappa sur la Bretagne un coup rapide et heureux qui le rassura de ce côté encore ; mais le péril était surtout en Angleterre. Guillaume le Lion avec ses 80,000 écossais venait d'enlever Carlisle et inondait les provinces du nord ; le jeune comte de Leicester et Hugues Bigod, comte de Norfolk, se déclaraient pour les princes au cœur même du royaume; Henri Court- Mantel armait une Hotte dans les ports flamands et allait sous peu mettre à la voile ; déjà même quelques compagnies de brabançons passaient la mer et renforçaient l'armée de Guillaume le Lion (i). Pour faire face à tant d'ennemis, Richard de Luci, Grand Justicier du royaume et par conséquent régent pendant l'absence du Roi, n'avait que quelques troupes à mettre en campagne ; il essayait de parlementer avec le Roi d'Ecosse, mais sans succès. Heureusement les châteaux qui gardaient la frontière du nord étaient forts et commandés par des hommes de cœur, Robert de Vaux, Roger d'Estouteville et d'autres encore, qui repoussaient les assauts de l'ennemi ; mais il était

I. Nous empruntons certains détails de ce récit, et notamment ce qui a trait à saint Thomas, à la Chronique rimée de Jordan Fantosme, chevalier trouvère, qui combattait pour le Roi dans cette guerre et qui l'a racontée dans le français-picard de l'époque [Revue Anglo-Française, !'■'' série, t. v, pag. 400 et suiv.).

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