‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 279 sur 372 · CHAPITRE XXIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIl

évident qu'ils ne pourraient tenir indéfiniment, et déjà les places d'Apleby et de Brough avaient succombé. Luci envoya auprès du Roi Richard d'Ilchester, sacré depuis peu évêque de Winchester, pour faire connaître les dangers de la position et presser le retour du souverain. Lorsque le prélat eut donné au Roi tous les détails nécessaires, Henri s'écria : « Saint Thomas, gardez-moi mon royaume ! » Sous l'étreinte de la nécessité une révolution s'opérait dans son cœur, et son âme se tournait enfin vers Dieu. Lui qui naguère écrivait au Pape en termes si étranges, lui adressa en ce moment critique une lettre où Alexandre III lut ces mots : « La couronne « d'Angleterre est soumise à vos lois, c'est de vous « seul que je suis le vassal. Que notre royaume « éprouve donc ce que peut le Pontife romain ; et « parce que vous ne combattez pas avec un bras de « chair, défendez avec le glaive spirituel le patri- « moine du bienheureux Pierre (i). »

Dans les premiers jours de juillet, Henri prenait la mer pour retourner en Angleterre avec la reine Éléonore, Marguerite sa bru, et Jean Sans-Terre, son dernier fils. Le vent était violent et la mer très mauvaise ; la traversée fut difficile, et tant qu'elle dura, le Roi ne cessa de prier à haute voix, demandant à Dieu la faveur d'arriver sain et sauf jusqu'au port, si cela devait rendre la paix à l'Église et à l'État. Le lundi 8 juillet la nef royale abordait à Southampton ; immédiatement Henri prit la route de Cantorbéry, e-t bien des souvenirs durent se réveiller dans son esprit pendant le trajet; ce chemin, il l'avait suivi dix ans auparavant avec l'Archevêque de Cantorbéry, l'en-

I. Ap. Migne, t. ce, col. 1389, ep. « In magnorum discriminum ».

tretenant de la prochaine élévation de Gilbert Foliot sur le siège de Londres ; sur cette route s'était donc joué le prologue de tout le drame qui venait de finir dans le sang.

Le Roi allait, jeûnant strictement au pain et à l'eau, évitant de traverser les villes, mais visitant sur son passage les chapelles et les hospices, et faisant toute diligence. Le 12 juillet il arrivait enfin à la chapelle Saint-Nicolas, située à deux milles de Cantorbéry (i), et descendait de cheval pour parcourir à pied le reste du chemin. A l'église Saint-Dunstan, située hors les murs de la ville métropolitaine, il revêtit l'habit de bure que portaient à l'ordinaire les pèlerins, quitta sa chaussure, et dans cet humble appareil fit son entrée dans la cité ; le long des rues ses pas restaient marqués par les traces de sang que laissaient sur le sol ses pieds meurtris. Un certain nombre d'évêques s'étaient réunis pour recevoir le souverain, et pour ces prélats, presque tous compromis dans les événements des dernières années, le spectacle de l'humiliation à laquelle se soumettait Henri II dut être une éloquente prédication. Le royal pénitent atteignit enfin le porche de l'église primatiale où il tomba à genoux (2). Puis il pénétra dans la nef et se dirigea vers le transept nord où avait été consommé le martyre de saint Thomas; là encore le puissant Plantagenet s'agenouilla et pria, en versant des larmes amères, tandis que les moines et les évêques se tenaient silencieux autour de lui. S'inclinant enfin vers les dalles encore teintes de sang, Henri les baisa respectueusement et récita le Confiteor devant tous les assistants ; après quoi il se releva et se dirigea

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