‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 280 sur 372 · CHAPITRE XXIII 4e;I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII 4e;I

vers le tombeau du saint, où il s'agenouilla de nouveau et pria longtemps à voix basse. Gilbert Foliot prit ensuite la parole :

« Tout le monde sait, dit-il, que plusieurs nour- « rissent des pensées qui ne sont pas conformes à la « réalité des derniers événements ; en conséquence, « devant Dieu qui connaît le fond des cœurs, devant « le Christ que notre Roi adore d'une foi sincère, et « en présence de vous, mes frères, Sa Seigneurie « confesse en toute vérité que c'est sans ordre de sa « part et à son insu que des hommes pervers ont tué « le vénérable Archevêque. Dès qu'Elle a connu le « meurtre, Elle en a ressenti plus de douleur que « jamais événement quelconque ne lui en avait fait « éprouver; nous le voyons bien tous à cette heure. « Quant à la parole que le Roi a prononcée dans un « mouvement d'entraînement et de colère, parole dont « quelques téméraires impies se sont autorisés, croit- « on, pour commettre leur forfait ; quant à la guerre « acharnée qu'il a faite à l'Archevêque vivant, le « Roi se proclame coupable, et demande pardon. Il « fera telle satisfaction que vous ordonnerez. Aussi « implore-t-il vos suffrages, pour que son humble « pénitence soit agréée de Notre Seigneur et Sauveur « qui ne méprise pas le cœur contrit et humilié, « comme aussi du bienheureux martyr Thomas. 11 « rend aujourd'hui en entier à cette Église les dignités « et les droits qu'elle a possédés jadis, au sens le plus « large qui soit admis dans ce royaume ou dans toute « autre province de l'Église catholique. En outre, et « de son propre mouvement, le Roi fait ici offrande « au martyr d'un revenu de trente livres, en lui de- « mandant par votre intercession d'oublier dans sa « bonté les injures qui lui ont été faites. »

Gilbert ajoutait que le prince pardonnait de son côté tout ce qui avait pu lui paraître un sujet de plainte contre les hommes attachés à la fortune de l'Archevêque et leur rendait ses bonnes grâces avec son affection. Enfin le Roi offrait pour le saint tombeau un antipendium de soie et promettait de bâtir un monastère en expiation de sa faute (i).

Lorsque l'évêque de Londres eut achevé de parler, le Roi déclara confirmer et ratifier tout ce qui venait d'être dit, puis il se découvrit les épaules, et se courba de manière à introduire la tête dans l'une des ouvertures pratiquées sur la face latérale du sépulcre. Les évêques présents s'avancèrent alors et chacun vint à son tour donner cinq coups de verge sur les épaules nues du prince pénitent ; les quatre-vingts moines défilèrent ensuite, et chacun d'eux frappa trois fois ; au total environ trois cents coups de discipline. Après cette flagellation, le Roi reçut l'absolution, mais il ne se retira pas pour cela du lieu sacré où le repentir l'attachait. Il demeura toute la nuit agenouillé sur le pavé de la crypte, veillant et priant, sans vouloir accepter le plus pauvre tapis pour ses genoux meurtris, ni d'eau pour ses pieds ensanglantés. Pendant cette même nuit, le saint amena près du Roi une de ses sœurs, Rohesia, offrant ainsi à Henri II l'occasion de réparer en quelque chose les ruines qu'avaient causées dans la famille de Gilbert Becket la sentence d'exil prononcée contre tous ses membres. Rohesia venait en effet exposer sa détresse et demander merci : sa plainte fut entendue et le Roi lui fit don d'un moulin qui devrait passer ensuite au fils de la suppliante, nommé Jean.

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