CHAPITRE XXIII
jeta dans la mêlée avec son courage habituel, mais un coup de lance abattit son cheval sous lequel il demeura pris, et quelques minutes après il se voyait obligé de rendre son épée à Glanville. En moins d'une heure ses troupes étaient mises en pleine déroute et le château se trouvait dégagé : à cette heure même Henri II entendait la messe à Cantorbéry.
Quatre jours s'écoulèrent; le Roi était à Londres, malade et alité ; dans le palais régnaient l'inquiétude et la tristesse, car le prince avait proscrit tout appareil de fête. La quatrième nuit était commencée, Henri reposait, lorsqu'on entendit frapper à la porte des coups répétés :
— Qui va là?^ demanda le chambellan sans ouvrir.
— Un messager qui arrive du nord ; c'est Randolf « de Glanville qui l'envoie.
— Revenez demain, répondit l'impitoyable cham- « bellan.
— Ouvrez, ouvrez, reprit l'étranger; il faut que le « Roi soit averti sur-le-champ.
Henri s'était réveillé au bruit, et demandait qui était à la porte :
— C'est Brian, fils de Randolf de Glanville, qui « arrive du nord.
— Qu'il entre à l'instant, dit le Roi.
A la lueur du lampadaire on vit en effet un jeune homme pénétrer dans la chambre et s'approcher du lit :
— Sire, dit-il, .j'apporte d'heureuses nouvelles.
— Randolf se porte donc bien ?
— Si bien qu'il a fait prisonnier votre ennemi le « Roi d'Ecosse.
— Dites-vous vrai ? s'écria Henri.
— Sire, demain à midi vous recevrez des lettres
« de l'archevêque d'York et vous verrez que je dis « vrai. J'ai voyagé quatre jours sans manger pour « vous apporter plus vite ce message.
— Si vous dites la vérité, votre fortune est faite... « Mais vraiment le Roi d'Ecosse est-il prisonnier?
— Sire, si je vous trompe, je veux être mis en « croix, pendu, ou brûlé vif.
— Grâces soient donc rendues à Dieu et à saint « Thomas et à tous les saints du Paradis, » s'écria le Roi avec transport; et à l'instant il se mit à chercher les chambres des seigneurs attachés à sa personne, frappant à toutes les portes en criant :
« Éveillez-vous, barons; on a pris l'Ecossais! » Et la nuit s'acheva en grande liesse ; la guerre était finie, l'insurrection domptée; ajoutons : le songe prophétique du saint Archevêque réalisé; du haut des montagnes éternelles c'était bien lui qui venait de descendre pour disperser les ennemis de son Roi et lui rendre la pourpre dont ils avaient commencé à se partager les lambeaux. Le triple succès, des 12 et 13 juillet ne laissait aucun doute sur l'intervention toute puissante du martyr.
Mais une autre parole encore de saint Thomas se réalisait en même temps. Lors de son retour en Angleterre, et plus tard encore, une heure à peine avant de mourir, l'Archevêque avait dit : « Je vcu- « drais pouvoir donner à mon Roi trois couronnes « avec de grands royaumes. >^ Or la couronne d'Angleterre appartenait à Henri par drpit de naissance; et Thomas la lui avait assurée au début de sa carrière ; il la sauvait encore après sa mort. L'année même qui avait suivi le martyre, l'Irlande s'était ouverte devant le Roi, dont elle s'était reconnue vassale sans coup férir. Voici enfin que l'Ecosse est