‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 283 sur 372 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

vaincue; Guillaume le Lion, amené en Normandie, est obligé à son tour de se reconnaître vassal de Henri II, auquel il doit remettre les places fortes qui sont les boulevards de son royaume. A coup sûr la conquête de ce noble pays n'est point complète, ni surtout définitive ; mais l'Angleterre ne perdra plus de longtemps le droit de suzeraineté ainsi établi. Saint Thomas triomphant dans la gloire éternelle a réalisé le désir qu'il avait exprimé, les plans qu'il avait pu seulement esquisser dans cette vie mortelle ; il a donné bien réellement à son Roi une triple couronne.

Nous ne suivrons plus l'histoire de Henri Plantagenet que pour constater l'accomplissement d'une dernière parole du martyr. Délivré de toute inquiétude quant à la Grande-Bretagne, le Roi repassa la mer et vola au secours de Rouen, étroitement assiégé par Louis de France. Son arrivée soudaine, la décision de ses mouvements, lui valurent un prompt succès; les troupes françaises, battues, furent obligées de lever le siège et de se retirer au-delà des frontières. On était à l'Assomption de la Sainte Vierge. Ainsi était rompue en trois semaines la plus redoutable coalition, secondée par une insurrection au cœur même de l'Angleterre; Henri II sortait vainqueur de cette épreuve difficile, mais ses fils ne devaient lui causer désormais que des chagrins; -r la guerre devait se perpé- « tuer dans sa maison >/, et Henri II fut contraint d'employer ses dernières années à étouffer les dissensions armées de Henri Court-Mantel et de Richard Cœur-de-Lion. Si la réparation des torts faits à l'Église eût été complète, si les fatales coutumes de Clarendon eussent été abolies sans retour, la menace prophétique de saint Thomas ne se fût point réalisée,

Henri II n'eût pas vu mourir avant lui ses deux fils, Henri Court-Mantel son aîné, et Geoffroy de Bretagne. Dans la mesure où il avait fait pénitence il fut récompensé : la couronne demeura ferme sur son front; mais le principe délétère infusé dans l'organisme de l'État pour en altérer la constitution chrétienne, ce principe n'étant point supprimé ne cessa pas de produire des fruits amers. Un jour viendra où la main de Dieu se retirera tout-à-fait ; et alors l'Angleterre, graduellement empoisonnée depuis des siècles, verra mourir en même temps dans son sein la foi catholique et la liberté chrétienne.

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