CHAPITRE XXIV
nombre de prélats, et la nuit suivante se passa pour Louis VII en veilles saintes auprès du tombeau, où il offrit un calice d'or et un diamant magnifique, destiné à la châsse qui devrait un jour renfermer les saintes reliques. Ce joyau, dont le poids n'était pas très considérable, jetait cependant de tels feux qu'à distance on le croyait d'une dimension fabuleuse, et pendant trois siècles il fut connu sous le nom de «; Réal de France (i) ». La foi et la générosité du Roi furent récompensées ; car en remettant le pied sur ses domaines il apprit la guérison de son fils.
Le comte Matthieu de Boulogne, avec un grand nombre de seigneurs, était déjà venu faire ses dévotions à la crypte de Cantorbéry ; mais les princes n'étaient point seuls à entreprendre le pèlerinage. Comme si le Seigneur eût voulu détruire jusqu'au souvenir des lois mauvaises qui depuis un siècle avaient tendu à enfermer l'Angleterre dans un isolement fatal à l'esprit catholique, les pèlerins arrivaient à Cantorbéry de toutes les parties de l'Europe, en tel nombre qu'on ne pouvait songer à les arrêter. Il fallut la guerre de Cent-Ans et la rupture qu'elle amena dans la chrétienté pour qu'on ne vît plus guère que des anglais autour du tombeau de saint Thomas. Avant cette époque néfaste, et dès la fin du xif siècle, les pèlerins venaient même des rives orientales de la
I. Les descriptions qui nous donnent le nom de ce diamant disent bien que c'était là un présent fait à saint Thomas par un roi de France, mais sans nommer Louis VIL II est toutefois évident que c'est à ce prince qu'il faut attribuer cette largesse royale ; car le diamant était monté sur la châsse de telle sorte que ce travail avait dû être fait en même temps que le reliquaire, c'est-à-dire avant 1220 ; il y avait en effet un ange d'or qui tenait à la châsse et indiquait du doigt le joyau étincelant. Or en 1220, Louis VII et son fils Philippe-Auguste avaient seuls pu faire un tel présent ; Philippe-Auguste n'étant pas venu à Cantorbéry, c'est donc au pèlerinage de son père qu'il faut faire remonter la donation.
Méditerranée (i) ; déjà existaient pour eux les coutumes qui se perpétuèrent durant plusieurs siècles. Nous en avons noté quelques unes, par exemple celle de mettre à part un denier pour saint Thomas le Martyr, en promettant d'aller le lui porter ; quelquefois même ce denier se changeait en redevance annuelle (2^ ; un marin danois allait plus loin, et au moment de lancer son navire, dont les proportions insolites provoquaient l'étonnement, il promettait à saint Thomas cent livres de cire pour chaque jour de navigation (3).
La coutume de vouer un cierge mesurant la longueur du corps nous est aussi connue et elle se généralisait de plus en plus; là encore un marin fit plus que les autres, et dans une heure de danger il mesura la longueur de son vaisseau, en promettant d'offrir au martyr de Cantorbéry un rouleau de cire d'égale dimension (4).
-D'autres fois c'était une image moulée que l'on promettait; de nos jours nous voyons cette coutume encore usitée dans plus d'un sanctuaire vénéré des peuples; ce que les paysans du Maine appellent « un vœu de cire » jouait un grand rôle parmi les pèlerins de Cantorbéry (3) ; tel d'entre eux apportait l'effigie d'une colombe, tel autre celle d'un gerfaut, et ce dernier cas n'était pas le plus rare; car si le grand martyr rendait à leurs maîtres des colombes envolées, il paraissait se souvenir au ciel d'avoir aimé la chasse à l'oiseau, et bien souvent il ramenait les gerfauts en qui s'étaient réveillés les instincts de la