CHAPITRE XXIV
liberté. Ces images de cire ne devaient pas former la moins pittoresque des décorations qui ornaient la crypte de Cantorbéry ; et nous, en jetant un regard sous ces voûtes éclairées par les cierges qu'y font brûler les pèlerins, nous y reconnaissons les usages qui sont aujourd'hui encore chers à la piété catholique; et nous bénissons Dieu de trouver là une nouvelle preuve que, même dans les détails et dans les inspirations naïves de la vie chrétienne, la vraie tradition réside au sein de l'Eglise notre Mère (i).
11 arrivait quelquefois qu'on apportait aux moines chargés de veiller sur le saint tombeau non pas une effigie, mais un animal tout vivant : témoins ces deux norwégiens qui leur remirent un jour, comme offrande à saint Thomas, un gerfaut qu'ils avaient perdu, mais que deux aigles leur avaient ramené de force sur une prière adressée au martyr (2). Témoins encore ces bons paysans du comté de Kent, qui arrivèrent un jour à la crypte portant une oie dont il racontèrent l'histoire. La bête était morte de maladie peu de jours auparavant, et les enfants de la maison en avaient pendant quelques instants fait leur jouet; mais le père de famille intervenant avait décidé qu'on allait la jeter. « Non, s'écria un des petits garçons; « il faut la vouer à saint Thomas ». Sur quoi il cacha l'oie sous un banc dans la chambre; et bientôt nul n'y songea plus. Vers le coucher du soleil, les compagnes de la défunte se dirigèrent comme de
1. On allumait aussi des cierges aux croix qui marquaient les lieux •Où saint Thomas avait donné la confirmation (Ibid. page 310) ; c'était un moyen de suppléer au pèlerinage lorsqu'on ne pouvait l'accomplir. Le vent éteignait souvent ce frêle luminaire, mais on les vit plus d'une fois se rallumer d'eux-mêmes (loc. cit. etpag. 438, attestation de l'évêque de Poitiers).