CHAPITRE III
la petite chapelle de saint Jean, située non loin du dortoir (ij; il y célébrait la messe vers l'heure de midi (2), puis il prenait son diner. Sur sa table alors ni hanap d'or ni aiguière d'argent, mais un petit vase de bois pour contenir le peu de vin qui lui était nécessaire (3).
Ce n'était pas là une pauvreté imposée par la nécessité, car les moines de Sainte-Colombe eussent volontiers créé à leur hôte une existence plus large ; mais Thomas voulait vivre ainsi, sentant bien que la pénitence et la prière étaient ses meilleures armes. Il n'eût tenu qu'à lui de mettre à profit la générosité du Roi et des seigneurs français ; Louis aurait voulu composer au primat d'Angleterre une maison complète, et regrettait de n'avoir pas assez à faire pour défrayer un exilé si austère. L'archevêque de Sens, Hugues de Toucy, et deux ans plus tard son successeur Guillaume de Champagne, témoignaient auprès de Thomas d'une charité non moins empressée ; Maurice de Sully, évêque de Paris, et ses collègues de Reims, de Noyon, de Poitiers, de Meaux, d'Auxerre, manifestaient les mêmes dispositions. Les grands barons de France rivalisaient avec les prélats d'offres et de prévenances. Tant de bonté arrachait à Herbert ce cri du cœur : « O « douce France, ton ciel est clément, ton sol est fertile; « mais ton plus beau titre est encore l'urbanité de tes « enfants. O France, depuis longtemps la vaillance et
1. Hist. de Sainte-Colombe de Sens, par Tabbé BruUée page 115 . Il est à remarquer que les détails archéologiques donnés par cet historiographe s'accordent parfaitement avec le récit de Garnier ;
Et tout le plus del jur ert en sun oratur. Pedanz une chambrette où faiseait sun labur.
2. Plus tard cet oratoire fut consacré par les moines de Sainte- Colombe à saint Thomas lui-même (Brullée, loc. cit.j.