‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 305 sur 372 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

manteau dans la rivière au moment de l'accident, et le manteau n'est point revenu à terre, et il est perdu.

Tandis que la foule bruyante se pressait dans les rues et surtout aux abords de la cathédrale, le palais primatial accueillait les hôtes illustres invités par l'Archevêque. Ce même palais qui avait vu dans une sombre journée d'hiver des assassins traverser sa grand'salle, v recevait dans cette radieuse iournée d'été le jeune roi Henri III, un cardinal légat du Saint- Siège, l'archevêque de Reims, vingt-deux évêques dont plusieurs étaient français, un nombre plus grand encore d'abbés, de prieurs conventuels, de comtes et de barons (i).

C'était un mardi. Le primat lui-même avait choisi ce jour de la semaine (2), parce que saint Thomas était mort le mardi ; d'ailleurs depuis longtemps les biographes avaient noté que les plus mémorables circonstances, dans la vie du bienheureux Archevêque, se rapportaient également au mardi (3). Mais on n'avait point remarqué, en fixant d'avance l'année 1220, que ce serait la cinquantième depuis le martyre du saint;

1. Il est juste d'ajouter que cette hospitalité royale greva l'Archevêché d'une dette que le quatrième successeur d'Etienne Langton put à peine éteindre.

2. Ap. Mignc, t. cxc, col. 421, C. — Sermon prêché en un jour anniversaire de la translation.

3. Le Saint naquit et fut baptisé un mardi ; ce fut un mardi qu'il s'échappa de Northampton, un mardi qu'il rentra ea Angleterre à son retour de Flandres, un mardi encore qu'il fut martyrisé, quatre semaines plus tard [Materials, m, pag. 326; iv, page 78^. Herbert ajoute que ce fut un mardi qu'il quitta l'Angleterre en fugitif ; en quoi il se trompe. Mais la coïncidence si fréquente du mardi avec des circonstances mémorables dans la vie de notre saint a donné lieu à une messe votive du mardi en son honneur, ainsi qu'on le voit aux rubriques du missel de Salisburv. D'autres monuments encore rappellent cette coïncidence ; telle par exemple la charte du Prince-X'iir pour la fondation de ses chapellenies (Stanley, Cantcrbtiry, \if éd., pag. 165), et une pièce liturgique donnée ci-après.

et l'on n'y prit garde qu'au moment de la solennité. Beaucoup de gens étaient surtout frappés d'une autre coïncidence : le 7 juillet ramenait précisément l'anniversaire du jour où la terre avait reçu le corps de Henri II. A cette même date le petit-fils du puissant Plantagenet allait donc conduire le triomphe de saint Thomas Becket.

A l'heure de tierce, environ neuf heures du matin, le légat et le primat d'Angleterre se dirigèrent avec le Roi, les prélats et les seigneurs laïques, vers la crypte où ils pénétrèrent, tandis que la foule murmurante se pressait dans les nefs de l'église. Bientôt on entendit dans les profondeurs souterraines retentir l'hymne triomphal ; les cloches résonnèrent dans les tours, et sous les voûtes de la basilique leur son plus voilé accompagnait le chant des moines qui graduellement prenait plus de force ; la croix parut à la porte de la crypte, suivi de la longue procession des religieux et des clercs portant des cierges allumes; puis les prélats s'avancèrent, et enfin, pendant que les antiennes joyeuses retentissaient dans la vaste basilique, apparut au milieu des nuages de l'encens un glorieux spectacle : plusieurs évêques, deux archevêques, un cardinal, le Roi enfin, portant le plus splendide reliquaire qu'eût encore admiré l'Europe chrétienne. Balancée sur les épaules des augustes personnages qui la soutenaient, la châsse de saint Thomas s'avançait lentement, dominant la foule, étincelante de l'or et des pierreries que les fidèles avaient depuis cinquante ans offerts au martyr. Fendant avec peine les rangs pressés du peuple, la procession triomphale atteignit enfin le lieu dès longtemps désigné pour la fierté, en arrière de l'autel majeur, et dans une situation telle que de tous les points de la nef

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