CHAPITRE XXV
on pouvait la voir resplendir. Déposée, puis scellée sur le piédestal qui lui était préparé, elle reçut pendant tout le jour les hommages des innombrables fidèles venus pour vénérer les reliques du thaumaturge, et qui commencèrent alors à gravir cet escalier des pèlerins dont ils devaient pendant trois siècles creuser les degrés en les montant à genoux.
La solennité du 7 juillet 1220 eut un retentissement universel. De toute la chrétienté occidentale des fidèles y étaient accourus ; et en retournant dans leur pays, les pèlerins v portèrent la nouvelle des magnificences qu'ils avaient vues, des miracles qui s'étaient opérés et que personne, malheureusement, ne nous a fait connaître avec assez de détail. En France, Guillaume de Nangis inséra dans sa chronique la translation de saint Thomas comme un des événements qui avaient marqué dans l'histoire ; mais un souvenir plus durable de cette mémorable journée fut inscrit dans la Liturgie. L'Église de Cantorbéry célébra désormais la fête de la Translation comme celle du Natalis de saint Thomas Becket; les deux solennités eurent leurs fêtes jubilaires, jusqu'en l'an 1520, et les Églises d'Angleterre imitèrent cet exemple; en 1287 le concile d'Exeter déclara fête de précepte l'anniversaire de la Translation. Les Églises de France ne demeurèrent pas en arrière de ce mouvement ; celle de Paris célébra cette seconde solennité dès le xiii" siècle, et la plupart des diocèses situés au nord de la Seine fêtèrent la Translation de saint Thomas de Cantorbéry au même titre que celles de saint Martin de Tours et de saint Nicolas (i).
I. ISOrdo de la collégiale de Saint-Omer, publié par M. Deschamps de Pas sous le titre de Cérémonies religieuses au xm^ siècle, porte les mentions suivantes (pages 52 et loi) :
aH6 saint THOMAS DE CANTORBÉRY
Pendant les trois siècles qui suivirent, le pèlerinage inauguré au lendemain du martyre ne fit que devenir plus brillant et plus célèbre; la guerre de Cent-Ans devait interdire, il est vrai, aux pèlerins français l'accès de ce sanctuaire, mais le xvf siècle nous les montre de nouveau groupés aux pieds du martyr jusqu'aux jours mauvais de la Réforme. Les miracles continuèrent-ils à se produire avec autant d'abondance que jadis? Deux diplômes conservés aux archives de la cathédrale de Cantorbér}^ signalent chacun une manifestation de la puissance du thaumaturge; le premier est du xiv'' siècle, et le second du xv' (i); ces actes officiels, échappés on ne sait comment aux poursuites exercées par Henri VIII contre saint Thomas, attestent suffisamment les deux faits qu'ils rapportent; mais d'après leur teneur il paraît certain que les miracles étaient devenus plus rares; qui pourrait s'en étonner en écoutant les auteurs qui alors nous parlent du pèlerinage dans les temps voisins de la Réforme, écrivains légers ou sceptiques, tels que le poëte Chaucer et le trop fameux Erasme. Le premier, au xiv'' siècle (2], dans ses Contes de Cautorbérv, nous apprend quelque chose des enseignes que portaient encore les pèlerins de saint Thomas ; mais il ne mentionne plus l'ampoule, et il paraît par son récit qu'il s'agissait surtout de médailles destinées
Quarto Kalcndas Januarii, fi.-stum sancti Thome cantuaricnsis cpiscupi et martyris, ix lectionum duplex, et nota quod si placet pro proprio cantu istiiis festi possunt omnia cantari de communi.
Nonas Julii. Translatio sancti Thome.